Combien de géomètres faut-il pour apaiser les conflits fonciers qui minent le quotidien des habitants du Maniema ? La réponse fait froid dans le dos : depuis 2013, seuls 42 spécialistes ont été formés par l’unique École nationale de cadastre de la province. Un chiffre dérisoire révélé par le coordonnateur Selemani Moké Jacques, qui s’est exprimé le 12 mai dernier à l’occasion de la Journée nationale des géomètres. L’institution, censée armer les jeunes face aux enjeux du territoire, vit une crise silencieuse des inscriptions qui menace tout l’équilibre foncier régional.
« Nous avons un taux très bas », a martelé le responsable. Avec 17 apprenants seulement pour l’année en cours, l’école peine à remplir ses bancs, alors même que huit circonscriptions foncières attendent des bras qualifiés. À Lubutu, Kalima ou Punia, aucun géomètre n’est disponible pour délimiter les parcelles, régler les litiges ou accompagner les projets d’aménagement. Résultat : des communautés entières se déchirent pour des bornes invisibles, freinant tout développement. La formation géomètres RDC dans cette province devient ainsi une urgence absolue.
Comment expliquer une telle désaffection ? L’école cadastre Maniema, pourtant gratuite et ouverte à tous les bacheliers, souffre d’un déficit de notoriété. De nombreux parents ignorent encore que leurs enfants peuvent y décrocher un diplôme de technicien supérieur en géométrie assistée par ordinateur, une compétence aussi rare que précieuse. Le coordonnateur a donc lancé un appel solennel : « J’invite tous les parents à inscrire leurs enfants. Cette formation est une clé pour leur avenir et pour le développement de notre province. » Car au-delà du simple métrage, le géomètre est le garant de la paix sociale : sans lui, point de cadastre fiable, point de sécurité juridique pour les terres.
Les conflits fonciers Maniema ne datent pas d’hier, mais ils s’exacerbent avec la pression démographique et les appétits économiques. « La géométrie assistée par ordinateur va nous aider à résoudre de nombreux conflits », a souligné Amisi Mutumoko, directeur de cabinet du gouverneur, venu représenter l’autorité provinciale. Il a du reste encouragé l’école à intensifier les campagnes de sensibilisation pour faire connaître ses filières et leurs débouchés. Une mission qui, si elle n’est pas menée tambour battant, risque de maintenir la région dans un cercle vicieux : peu d’élèves, peu de diplômés, et toujours plus de querelles de voisinage qui dégénèrent.
Et si la solution passait par une véritable mobilisation des médias, des églises et des chefs coutumiers ? L’inscription école cadastre ne progressera que si chaque acteur relaye l’information. Car former un géomètre, c’est offrir à un territoire entier un outil de justice et de prospérité. En attendant, les 17 jeunes actuellement en cursus portent sur leurs épaules un lourd héritage : celui de redessiner un Maniema où chaque mètre carré sera une chance et non un combat. L’école n’a jamais été aussi indispensable, et l’appel du coordonnateur, aussi vital.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
