La décision d’un juge fédéral américain a jeté une lumière crue sur les pratiques d’expulsion des États-Unis vers la République démocratique du Congo. Le magistrat Richard J. Leon a ordonné au gouvernement américain de prendre toutes les mesures nécessaires pour rapatrier Adriana Zapata, une ressortissante colombienne de 55 ans, expulsée illégalement en RDC alors même que Kinshasa avait officiellement refusé de l’accueillir.
Selon une information révélée par le New York Times, le tribunal fédéral de Washington estime que l’administration Trump a probablement violé la loi. Le principe fondamental est clair : un pays tiers doit donner son consentement formel avant toute expulsion sur son sol. Or, le ministère congolais de l’Intérieur avait notifié par écrit son incapacité à prendre en charge cette femme, invoquant de lourdes pathologies – diabète, hyperlipidémie, hypothyroïdie – et l’absence d’infrastructures médicales adaptées. Malgré ce refus, la colombienne s’est retrouvée à Kinshasa le 17 avril dernier, dans le cadre d’un mystérieux accord migratoire signé entre les États-Unis et la RDC.
Depuis son arrivée forcée, Adriana Zapata vit recluse dans une résidence hôtelière de la périphérie kinoise, en compagnie d’autres migrants expulsés. « Je suis terrifiée, je reste enfermée dans ma chambre en permanence », a-t-elle confié au journal américain. Son histoire est celle d’une double détresse : elle avait fui la Colombie après avoir subi des violences de la part de son ex-compagnon, un homme lié aux forces de l’ordre. En 2025, une juridiction américaine avait reconnu qu’elle risquait la torture en cas de retour dans son pays d’origine.
Cet épisode pose crûment la question : jusqu’où peut déraper un accord migratoire opaque ? Le gouvernement congolais avait présenté cette arrivée – quinze personnes au total – comme le début d’une phase opérationnelle, tout en insistant sur le caractère « strictement temporaire » du dispositif et la prise en charge intégrale des coûts par Washington. Ces migrants, casernés dans un hôtel, ne seraient ni installés durablement ni relocalisés. Mais les engagements verbaux résistent mal à la réalité d’une expulsion illégale en RDC, validée de facto par les autorités congolaises même après leur refus officiel.
L’opinion publique congolaise, elle, reste profondément divisée. D’un côté, des voix saluent une ouverture diplomatique et un « service rendu aux États-Unis » qui renforcerait la stature internationale du pays. De l’autre, l’inquiétude domine : la RDC, confrontée à une instabilité chronique dans l’Est, à des millions de déplacés internes et à une pauvreté abyssale, a-t-elle vraiment les moyens de gérer des flux migratoires contraints ? Certains s’interrogent sur les contrôles d’identité de ces arrivants, d’autres sur l’impact sécuritaire, quand une majorité constate l’écart abyssal entre les conditions d’accueil réservées à ces migrants et la précarité quotidienne des Kinois.
Le juge Richard J. Leon a donné à l’administration américaine jusqu’au vendredi 15 mai pour détailler les mesures prises en vue du rapatriement Adriana Zapata. Passé ce délai, la procédure pourrait s’accélérer et ouvrir la voie à d’autres contentieux. Pour les observateurs, cette affaire dépasse le cas individuel : elle révèle les failles juridiques de l’accord migration États-Unis RDC et la légèreté avec laquelle des vies sont ballottées au nom de la raison d’État. Alors que d’autres vols pourraient suivre, Kinshasa devra clarifier sa position : continuera-t-elle à servir de salle d’attente pour des personnes refusées ailleurs, au mépris de sa propre souveraineté administrative ? En attendant, la silhouette d’Adriana Zapata derrière la fenêtre d’un hôtel symbolise l’absurdité d’une géopolitique qui fabrique des apatrides en toute illégalité.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
