Le rapport accablant de Human Rights Watch, intitulé « Nous sommes des civils ! », jette une lumière crue sur les exactions commises lors de l’occupation éclair de la ville d’Uvira par la rébellion de l’AFC/M23. Publié ce jour, le document détaille avec une précision glaçante les meurtres, les violences sexuelles et les enlèvements perpétrés contre la population civile, alors que les forces rebelles, appuyées par des troupes rwandaises, contrôlaient ce chef-lieu provisoire du Sud-Kivu. Face à ce tableau de terreur, l’organisation de défense des droits humains adresse une série de recommandations pressantes à l’Union africaine, l’appelant à sortir de son silence et à mobiliser les mécanismes de justice internationaux.
La chute d’Uvira, intervenue au début du mois de décembre 2025, quelques jours seulement après la signature des accords de Washington entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous l’égide de Donald Trump, marqua une rupture brutale dans une région déjà meurtrie. L’offensive fulgurante de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, plongea la ville stratégique dans un isolement total. Les témoignages recueillis par Human Rights Watch à Uvira décrivent une population livrée à elle-même, terrée dans les habitations ou en fuite, tandis que les pillages systématiques aggravaient un chaos aux allures de punition collective. L’occupation, qui dura environ quarante jours, prit fin en janvier 2026 sous une intense pression diplomatique, notamment américaine, menant à un retrait unilatéral du M23 annoncé le 17 janvier. Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), épaulées par les groupes Wazalendo, reprirent le contrôle de la ville le 20 janvier, entamant un lent rétablissement de l’autorité étatique.
C’est sur ce théâtre de désolation que le rapport fonde ses exigences les plus sévères. L’Union africaine se voit sommée d’exiger publiquement la mise en place d’une enquête internationale indépendante sur les violations du M23 dans la région. Ce mécanisme, estime HRW, devrait être confié à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, afin qu’elle documente et rende compte des crimes commis dans l’est de la RDC. Mais l’organisation ne s’arrête pas là : elle appelle les États membres de l’UA à coopérer pleinement avec la Cour pénale internationale (CPI), renforçant ainsi la chaîne de responsabilité pour ces actes qualifiables de crimes contre l’humanité.
Dans le même élan, le texte recommande un soutien massif à la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme au Nord et Sud-Kivu, mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies dès 2025. Le Bureau du Procureur de la CPI est, quant à lui, directement interpellé : il lui est demandé d’intégrer les crimes présumés commis lors de l’occupation Sud-Kivu dans les investigations déjà ouvertes sur la situation en RDC. Comment ignorer plus longtemps ces meurtres de civils transformés en cibles ? Human Rights Watch semble répondre qu’il n’est plus temps d’atermoyer.
Plus incisif encore, le rapport préconise des sanctions ciblées contre les commandants du M23 et de l’armée rwandaise, ainsi que contre toute personne vraisemblablement impliquée dans des violations graves. Ces régimes punitifs, souligne-t-il, doivent s’accompagner d’un réexamen minutieux de toute assistance militaire et sécuritaire accordée au Rwanda, afin d’éviter qu’un soutien extérieur ne vienne nourrir les exactions dans l’est congolais. Enfin, l’organisation pousse à l’instauration de chambres mixtes spécialisées – composées de personnel congolais et international – capables de juger les crimes les plus graves, passés comme présents, commis par l’ensemble des parties au conflit.
La ville d’Uvira, verrou stratégique pour une éventuelle percée rebelle vers le Grand Katanga, poumon économique du pays, n’a pas été choisie au hasard par les assaillants. Sa prise de contrôle par l’AFC/M23 avait renforcé l’emprise de la rébellion sur les deux Kivus, menaçant l’intégrité même de l’État congolais. Aujourd’hui libérée, la cité porte les stigmates d’un épisode qui, à travers ce rapport, entre dans l’arène judiciaire internationale. Reste à savoir si l’Union africaine saura transformer ces recommandations en actes, alors que la quête de justice pour les victimes de l’occupation Sud-Kivu semble plus que jamais suspendue à la volonté politique des États.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
