Longtemps plongée dans une léthargie qui érodait jour après jour la confiance des épargnants, la Caisse Générale d’Épargne du Congo (CADECO) amorce un virage que beaucoup n’osaient plus espérer. Mardi 12 mai, l’institution a tenu à Kinshasa son assemblée générale ordinaire, brisant le silence pour afficher une ambition claire : redevenir un pilier du financement de proximité grâce à une modernisation profonde. Une assemblée générale qui sonne comme un électrochoc dans le paysage financier congolais, où la CADECO, affaiblie par des infrastructures vétustes et un réseau en lambeaux, a validé ses comptes tout en présentant les chantiers censés la ramener à la vie.
La modernisation CADECO n’est plus un simple slogan. Les chiffres parlent : à Kinshasa, les travaux de réhabilitation des bureaux sont réalisés à près de 80 % et devraient s’achever d’ici juin 2026. Mais le sauvetage ne sera pas cosmétique. L’institution publique mise sur la digitalisation des services financiers pour combler le fossé technologique qui l’a coupée de ses usagers. Un pari risqué, mais vital. Comment regagner la confiance quand, pendant des années, retirer son épargne relevait du parcours du combattant ? La réponse tient en trois axes.
Premier pilier : un système informatique centralisé capable d’interconnecter toutes les agences en temps réel. Fini les opérations manuelles et les doubles saisies : l’heure est à la fluidité des transactions. Deuxième chantier, plus spectaculaire encore : le développement d’applications mobiles permettant aux clients, et en priorité aux fonctionnaires, de consulter leur solde ou d’effectuer des virements depuis leur téléphone. Troisième étape, la migration vers des cartes bancaires à puce aux normes EMV, indispensables pour les retraits aux distributeurs automatiques et les paiements sur terminaux. Une révolution silencieuse, mais qui pourrait bien redessiner le quotidien de millions de Congolais.
« Au-delà de la réhabilitation des infrastructures, la CADECO mise sur la transformation digitale de ses services », a martelé le Directeur général Célestin Mukeba lors de cette assemblée générale CADECO. Des mots pesés, qui cachent mal l’urgence de la situation. Car refaire les murs ne suffira pas si la culture du service ne suit pas. L’institution promet aussi un renforcement de la gouvernance interne pour rendre les opérations plus rapides et plus efficaces. Mais derrière les annonces, une question taraude : cette mue sera-t-elle assez rapide pour rattraper le temps perdu ?
L’expansion géographique est un autre indicateur. La CADECO ne veut plus se limiter à la capitale. Elle entend renforcer sa présence dans des localités aussi éloignées qu’Ariwara, Kutu ou Buta. Autant de zones où l’inclusion financière RDC reste un défi quotidien, loin des grands centres urbains et des banques commerciales. En rapprochant ses services des petites et moyennes entreprises, en facilitant l’accès au crédit et à l’épargne jusque dans les recoins les plus reculés, l’institution espère redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un moteur de la vie économique locale.
Reste une inconnue : les épargnants, échaudés par des décennies de défaillance, seront-ils prêts à retenter l’aventure ? La route est encore longue pour que la CADECO ne soit plus synonyme d’archaïsme. Mais en misant sur la digitalisation, elle se donne au moins une chance de se réinventer. Comme une épargne que l’on replacerait, avec prudence, dans un nouveau mécanisme de confiance. Le réveil est tardif, mais s’il est mené avec rigueur, il pourrait bien transformer une institution moribonde en un acteur crédible de l’écosystème financier congolais. Le compte à rebours est lancé.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
