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Papy Mantezolo réhabilité : tous les actes du bureau « illégal » déclarés nuls

À peine réinstallé dans le fauteuil de président de l’Assemblée provinciale du Kongo Central, Papy Mantezolo Diatezua a choisi la manière forte. Le 13 mai, quelques heures après la notification de l’arrêt de la Cour constitutionnelle qui le réhabilitait, il a tenu face à la presse un discours lourd de conséquences : tous les actes posés par le bureau « illégal » qui l’avait remplacé pendant sa destitution sont « nuls et de nul effet ». Une déclaration qui ne se contente pas de tourner une page, mais qui efface d’un trait une année entière de vie parlementaire provinciale.

La scène a de quoi surprendre dans un hémicycle où les rivalités ont souvent pris la forme de batailles rangées. Papy Mantezolo réhabilité, le voilà qui brandit l’arrêt de la Cour constitutionnelle comme un parchemin d’absolution et, surtout, comme un outil de réécriture du passé immédiat. « Considérez qu’il n’y a jamais eu un autre bureau », a-t-il martelé. La formule est aussi radicale que lourde de sous-entendus juridiques et politiques : l’intermède de près de sept mois qui a vu siéger un bureau concurrent est réduit à une parenthèse que le droit, dans l’esprit du président rétabli, doit ignorer.

Rappel des faits : destitué le 7 octobre 2025 pour des accusations présumées de détournement de deniers publics, Mantezolo avait été écarté au profit d’une nouvelle équipe dirigeante. C’est ce bureau que la Cour constitutionnelle a, en substance, invalidé en réhabilitant l’ancien titulaire. La nullité des actes de ce bureau « illégal » pose immédiatement la question de la validité de toutes les décisions, délibérations et résolutions prises sous cette présidence par intérim. Comme si l’Assemblée provinciale du Kongo Central avait fonctionné sous le sceau du provisoire, voire de l’inconsistance juridique.

L’ironie de la situation n’échappe à personne : celui qui affirme vouloir éviter le « combat-retour » se retrouve à déconstruire méthodiquement l’héritage de ses adversaires. La métaphore de « l’église au milieu du village », utilisée par Mantezolo pour illustrer sa volonté d’apaisement, prend alors une résonance particulière. Car l’église au milieu du village ne se contente pas d’exister ; elle consacre, elle valide, et parfois elle excommunie. En déclarant caducs les actes du bureau concurrent, le président réhabilité pose un acte d’autorité qui rappelle que la restauration de son mandat ne sera pas une simple formalité protocolaire.

Sur le fond, Papy Mantezolo a reconnu que sa gestion passée avait suscité des plaintes et promis de s’amender. « Nous continuerons à exercer comme l’église au milieu du village », a-t-il répété, manière de dire que son retour ne doit pas être perçu comme une revanche personnelle. Mais peut-on vraiment gouverner en effaçant tout l’acquis législatif et administratif des derniers mois ? La question reste pendante, d’autant que le président a lié ces turbulences à la « baisse drastique des recettes du Kongo Central », qu’il attribue sans détour aux « batailles politiques stériles ». Un constat qui, nuance subtile, met en accusation autant ses prédécesseurs du bureau illégal que l’ensemble de la classe politique provinciale, y compris lui-même lorsqu’il était aux prises avec les mêmes querelles.

L’autre annonce forte de cette sortie médiatique concerne le gouverneur de la province. Le bureau de l’Assemblée, désormais légitimé par la Cour constitutionnelle, examinera le réquisitoire du procureur général près la Cour de cassation en vue d’éventuelles poursuites judiciaires. À qui s’adresse cette manœuvre ? Officiellement, à la justice. Officieusement, au rapport de force entre l’exécutif provincial et le législatif. En annonçant que la plénière décidera de la suite à donner, Mantezolo replace l’Assemblée provinciale au cœur du jeu politique, armée d’un pouvoir de censure dont les effets pourraient se faire sentir rapidement.

L’arrêt de la Cour constitutionnelle ne règle donc rien des tensions qui traversent la province, il en redessine simplement les contours. La nullité des actes du bureau illégal offre une base juridique pour défaire ce qui a été fait, mais elle risque aussi d’alimenter une nouvelle séquence conflictuelle si les partisans de l’ancien bureau contestent cette interprétation. Comme souvent en RDC, la victoire judiciaire se transforme en épreuve politique : saura-t-on transformer ce jugement en outil de réconciliation, ou bien ne servira-t-il qu’à radicaliser un peu plus les camps en présence ?

Alors que la province attend des réponses concrètes sur la gestion des finances publiques et la relance des recettes, le retour de Papy Mantezolo à la tête de l’Assemblée provinciale du Kongo Central s’accompagne d’un effacement symbolique du passé. Mais effacer n’est pas guérir. Les millefeuilles d’actes annulés risquent de laisser des traces dans les rouages administratifs, et la promesse de contrôle rigoureux des finances publiques sans « assassiner la province » sonne comme un délicat exercice d’équilibriste entre l’exigence de bonne gouvernance et la nécessité de ne pas bloquer l’action publique. Une chose est certaine : la Cour constitutionnelle a parlé, l’Assemblée provinciale se réveille, et le Kongo Central entre dans une zone de turbulence où le droit et la politique devront, une nouvelle fois, apprendre à cohabiter.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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