Encore une fois, la terre a grondé dans le silence de la nuit, emportant avec elle plus de dix vies humaines. Le glissement de terre survenu à Nsunga, dans la forêt près de Mungazi, en territoire de Walikale, rappelle cruellement la vulnérabilité des communautés rurales face aux colères d’une nature asphyxiée par les activités humaines.
Dans la nuit du lundi 12 mai, sous une pluie diluvienne, un pan de terre s’est détaché, engloutissant un campement de fortune où dormaient des familles entières venues cultiver les champs. Le bilan provisoire fait état de plus de dix morts, mais les secours, encore à pied d’œuvre, redoutent de découvrir d’autres corps sous les décombres. Un seul cadavre a été extrait mardi, et un rescapé grièvement blessé lutte pour sa vie à l’hôpital général de Kibua. Une scène de désolation qui soulève une question lancinante : pour combien de temps encore verrons-nous la terre se transformer en piège mortel ?
Le drame de Nsunga s’inscrit dans une série noire pour la région. En février dernier, un glissement similaire avait fait plus de trente victimes à Burutsi, dans le même groupement Luberike. La répétition de ces catastrophes naturelles au Nord-Kivu n’est pas une fatalité : elle est le symptôme d’un territoire fragilisé par la déforestation, l’érosion des sols et des pratiques agricoles inadaptées. La forêt, poumon vert et rempart contre les intempéries, est en détresse. Chaque arbre abattu, chaque colline dénudée augmente le risque que les pluies meurtrières ne se transforment en torrents de boue.
À Walikale, le bilan des morts ne cesse de s’alourdir, et pourtant, les alertes restent ignorées. Cette catastrophe naturelle Nord-Kivu n’est qu’un maillon d’une chaîne de drames évitables. Les populations, poussées par la nécessité de survivre, s’installent dans des zones à risque, sans aucune cartographie des dangers, sans système d’alerte précoce. Et quand la pluie s’abat, la terre se dérobe, emportant tout sur son passage.
La pluie meurtrière à Walikale a révélé une fois de plus l’impuissance des autorités et l’absence criante de politique d’aménagement du territoire. Le Nsunga drame est le fruit amer d’une gestion aveugle des ressources naturelles. Pendant que les secours s’épuisent à creuser à mains nues, les survivants pleurent leurs disparus sans comprendre pourquoi rien n’est fait pour protéger leurs vies. L’inhumation du premier corps retrouvé s’est déroulée dans une émotion indescriptible, mardi, alors que l’odeur de la terre mouillée rappelait à tous que le danger rôde encore.
Les glissements de terrain ne sont pas des phénomènes nouveaux dans cette partie de la RDC, mais leur fréquence et leur intensité augmentent avec le dérèglement climatique et la destruction des écosystèmes. À Nsunga, la forêt n’est plus ce rempart protecteur ; elle est devenue un cimetière à ciel ouvert. Les chiffres sont glaçants : en quelques mois, plus de quarante personnes ont péri sous les décombres dans la seule région de Walikale. Et pourtant, l’indifférence persiste, comme si ces vies ne comptaient pas.
Que faudra-t-il pour que les décideurs agissent ? Suffit-il d’attendre que le prochain déluge efface un village entier pour débloquer des fonds d’urgence ? La réponse ne peut plus être le silence. Les communautés locales ont besoin d’une cartographie des zones à risque, de systèmes d’alerte simples, de programmes de reboisement et d’un accompagnement pour déplacer les campements installés sur des pentes instables. L’État congolais, avec l’appui des partenaires, doit transformer ce deuil en action, avant que la terre ne réclame d’autres victimes.
Aujourd’hui, les yeux sont tournés vers les sauveteurs qui fouillent la boue à la recherche de survivants. Mais demain, il faudra se souvenir de ce drame pour briser le cycle. Le glissement de terre Walikale n’est pas une simple brève dans l’actualité ; c’est un cri d’alarme que la nature pousse en vain. Espérons que cette fois, il sera entendu.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
