Un nouveau drame ensanglante le territoire de Mambasa. Trois jours à peine après le massacre de Biakato, qui a coûté la vie à plus de vingt civils, une attaque armée attribuée aux rebelles ADF a été perpétrée dimanche soir dans la localité de Makumo, chef-lieu du groupement Bangole. Le bilan provisoire fait état d’au moins quatre personnes tuées à l’arme blanche, plusieurs habitations réduites en cendres et une population jetée sur les routes en pleine nuit.
Selon des informations recueillies sur place, l’incursion a débuté aux alentours de 19h30, plongeant aussitôt l’agglomération dans un chaos indescriptible. Les assaillants, visiblement déterminés à semer la terreur, ont méthodiquement ciblé les civils. Les corps des victimes ont été transportés vers une structure sanitaire locale, tandis qu’aucune communication officielle des autorités militaires n’a encore été enregistrée. Ce silence nourrit l’angoisse d’une région déjà durement éprouvée.
Cette attaque ADF à Makumo illustre une stratégie délibérée des rebelles. Depuis plusieurs semaines, les incursions éclairs se multiplient contre les centres commerciaux et les zones densément peuplées. Objectif : provoquer des déplacements massifs, asphyxier l’économie locale et maintenir une psychose permanente parmi les habitants. À Biakato, le 7 mai dernier, le mode opératoire était similaire : attaque en plein jour, exécutions sommaires, puis retraite rapide dans la forêt. Avec cette nouvelle attaque, le message est clair : aucun village n’est à l’abri.
Comment expliquer une telle répétition des drames ? Les alertes n’avaient pourtant pas manqué. Le député provincial Gilbert Sivamwenda dénonce un abandon sécuritaire chronique. « Malgré les alertes fournies aux autorités pour sécuriser cette agglomération sous menace depuis l’attaque de Biakato, voilà ce qui vient d’arriver. La population est totalement abandonnée », a-t-il regretté. Les avertissements, transmis par les canaux locaux, n’ont suscité aucune riposte anticipée. Pire, la présence des ADF autour de Makumo était signalée depuis plusieurs jours déjà.
Au-delà de Makumo, c’est tout le territoire de Mambasa qui bascule dans une insécurité grandissante, symptôme d’une crise sécuritaire Ituri qui s’éternise. Plusieurs localités – Biakato, Bandibongo, Makeke, l’axe Komanda-Luna – vivent au rythme des rafales et des enlèvements. L’état de siège, instauré il y a cinq ans dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, devait garantir la protection des civils et l’éradication des groupes armés. Mais sur le terrain, le constat est amer : la peur change de visage mais ne recule pas.
La multiplication des civils tués en Ituri ces dernières semaines – que ce soit à Makumo, Biakato ou ailleurs – révèle une dramatique fuite en avant. Les opérations conjointes menées par les FARDC et l’armée ougandaise (UPDF) contre les bastions ADF dans le Grand Nord ont certes infligé des pertes aux rebelles, mais elles ont également dispersé des combattants vers des zones civiles vulnérables. Conséquence directe : des villages autrefois relativement préservés, comme ceux de la chefferie des Babila-Babombi, deviennent les nouveaux foyers de violence. Le massacre de Biakato, puis l’attaque ADF Makumo, s’inscrivent dans cette dynamique d’expansion de l’insécurité.
Les conséquences humanitaires sont immédiates. À Makumo, les rescapés ont fui dans l’obscurité, abandonnant derrière eux leurs biens et leurs maisons calcinées. Plusieurs familles ont trouvé refuge dans des localités voisines ou se dirigent vers Beni, Komanda ou Bunia, dans l’espoir d’une protection illusoire. Les activités commerciales, déjà asphyxiées par des années de violences, s’arrêtent net, et de nombreuses écoles ont fermé leurs portes. Dans cet environnement, le moindre bruit devient suspect, le crépuscule une menace.
Face à cette spirale, que peuvent les forces de sécurité ? Les appels au renforcement des dispositifs de défense se multiplient, mais les vastes étendues forestières de l’Ituri offrent un terrain propice aux embuscades et aux replis rapides. Sans une présence militaire dense et une coordination efficace, les villages continueront à payer le prix d’une guerre asymétrique. Les habitants, eux, ne demandent plus rien : ils constatent, sidérés, que l’État n’a pas les moyens – ou la volonté – de les protéger.
L’attaque de Makumo n’est pas un fait isolé ; elle est le symptôme d’une défaillance structurelle de la réponse sécuritaire dans cette partie orientale de la République démocratique du Congo. Chaque nouveau massacre appelle les mêmes condamnations, les mêmes promesses de renfort. Mais sur le terrain, peu change. À Biakato, la tuerie de la semaine dernière avait déjà suscité l’indignation nationale et internationale. À peine l’écho des cris de douleur s’était-il éteint que Makumo s’embrasait à son tour.
Et demain, quel sera le prochain village ciblé ? La question hante les esprits. Dans l’attente d’une réaction officielle, la population retient son souffle. La tragédie se répète, et les civils restent les premières victimes.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
