Au cœur de la province du Haut-Lomami, le poumon économique reliant Lubumbashi à Malemba-Nkulu suffoque. La route nationale, artère vitale pour l’approvisionnement de toute une région, est sectionnée au niveau du village Mulongo, victime de la crue vigoureuse du fleuve Congo. Cette saignée logistique n’est pas qu’une simple coupure sur une carte; elle est le symptôme d’un territoire pris en étau entre les eaux déchaînées et des infrastructures à bout de souffle.
Le véritable nœud du problème se situe au port secondaire d’Umana. Ici, le ballet incessant des camions en provenance de Lubumbashi s’interrompt brutalement. Les gros porteurs, chargés de produits de première nécessité, de matériaux de construction ou de denrées alimentaires, se retrouvent impuissants face à l’immensité du fleuve en colère. Commence alors une coûteuse valse de transbordement des marchandises à Umana : chaque sac de farine, chaque bidon d’huile, chaque pièce détachée doit être déchargé manuellement, puis ré-embarqué à bord de frêles baleinières pour atteindre Malemba-Centre. Mais à quel prix ?
Cette rupture de charge impose aux commerçants un double fardeau financier : le coût du transport routier, déjà élevé, s’additionne désormais au fret fluvial. Cette équation économique, implacable, se traduit par une hausse des prix à Malemba-Nkulu qui frappe de plein fouet les ménages les plus vulnérables. Est-ce le prix à payer pour l’enclavement ? Sur les étals du marché local, l’addition est salée. Le panier de la ménagère se vide à mesure que les prix gonflent, transformant chaque achat en un arbitrage douloureux entre se nourrir et subvenir aux autres besoins essentiels.
La route coupée à Malemba-Nkulu ne provoque pas qu’une inflation galopante ; elle engendre un chaos silencieux dans la chaîne d’approvisionnement. Les retards d’acheminement s’accumulent, et avec eux, la menace d’avaries. Claude Kyasangolo, coordonnateur de la Malemba-Nkulu société civile Forces vives, dresse un constat alarmant : « Les opérateurs économiques déplorent un grand retard dans la réception de leurs marchandises, tandis que les transporteurs se lamentent des pertes de certaines marchandises au port de Umana. » La situation est d’autant plus ubuesque que l’espace de parking à Umana ne peut accueillir qu’un seul véhicule à la fois, créant un goulet d’étranglement paralysant. Comment prospérer dans un tel goulot d’étranglement logistique ?
Face à cette asphyxie économique, la société civile ne se contente pas de compter les pertes. Elle porte une revendication claire : la modernisation du tronçon Mulongo-Kabwe et l’affectation, en urgence, d’un bac de grande capacité pour permettre la traversée des véhicules sans rompre la charge. Un cri du cœur qui en dit long sur le sous-développement chronique des infrastructures de desserte agricole et commerciale en République Démocratique du Congo. L’administrateur du territoire, tout en confirmant la gravité de la situation, tente d’apporter une note d’espoir prudent : « l’eau du fleuve se retire petit à petit ». Une décrue qui, pour l’heure, soulage à peine les peines des commerçants et les estomacs vides.
Cette crue du fleuve Congo à Lubumbashi et ses environs agit comme un révélateur impitoyable. Elle expose au grand jour la fragilité d’une économie locale totalement dépendante d’un mince cordon ombilical routier. Tant que le transbordement sera la règle, la prospérité restera l’exception, retenue prisonnière sur l’autre rive. L’avenir de Malemba-Nkulu ne se joue-t-il pas, au fond, sur la construction d’un pont, non pas seulement sur le fleuve, mais vers la résilience économique ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
