À l’heure où la session ordinaire de mars 2026 s’apprête à clore ses portes, une course contre la montre s’engage entre le gouvernement et le Parlement. Lors de la 88e réunion du Conseil des ministres, tenue vendredi 9 mai à la Cité de l’Union africaine, la Première ministre Judith Suminwa a donné le tempo : le projet de loi de finances rectificative 2026 devra impérativement être déposé avant la fin du mois de mai. Un ultimatum qui traduit, à mots feutrés, l’ampleur des dérèglements budgétaires.
Promulguée en fanfare le 29 décembre 2025, la loi de finances initiale pour 2026 affichait des allures de forteresse : 54 335,8 milliards de francs congolais, en hausse de 7,2 % par rapport à l’exercice précédent. Pourtant, ce budget porté par Judith Suminwa n’aura résisté que quelques semaines aux vents contraires de la conjoncture. La mobilisation des recettes en RDC a révélé, dès le premier trimestre, des fissures béantes. Les retards de salaires des agents publics se sont mués en un symptôme chronique, sapant la confiance d’une administration déjà éprouvée.
Le cadre macroéconomique qui servait de socle au budget 2026 du pouvoir central tangue dangereusement, de l’aveu même de la cheffe du gouvernement. L’évolution du contexte politique et économique, tant national qu’international, a rendu caduques les hypothèses retenues. Dans ce concert d’incertitudes, l’exécutif doit désormais intégrer les conclusions de la troisième revue du FMI RDC, passage obligé pour maintenir la crédibilité financière du pays. Les exigences de l’institution de Bretton Woods, souvent perçues comme une potion amère, imposent des ajustements que seule une loi de finances rectificative peut consacrer.
À ce tableau déjà sombre s’ajoute l’onde de choc géopolitique née des tensions au Moyen-Orient. Le président Félix Tshisekedi l’a lui-même souligné en Conseil des ministres : les marchés énergétiques et financiers sont perturbés, jetant une ombre supplémentaire sur les équilibres précaires de l’économie congolaise. La RDC, dépendante de ses exportations minières et de l’énergie importée, ne peut rester insensible à ces remous. Ce budget rectificatif ne serait-il qu’une rustine sur une chambre à air percée, ou un véritable outil de pilotage stratégique ? La question mérite d’être posée alors que les deux chambres du Parlement, sous la houlette d’Aimé Boji Sangara et de Jean-Michel Sama Lukonde, trépignent en attendant le texte.
Les prochaines semaines s’annoncent comme un test grandeur nature pour la majorité gouvernementale. L’adoption du collectif budgétaire devra conjuguer urgence et transparence, sous le regard acéré d’une opposition qui ne manquera pas de dénoncer les improvisations. La loi de finances rectificative 2026 n’est plus seulement un exercice comptable ; elle devient un baromètre politique. Dans ce climat de défiance, la cheffe du gouvernement mise sur l’accélération des travaux pour éviter l’enlisement. Reste à savoir si ce sprint parlementaire suffira à redonner un cap à un navire budgétaire dont la quille racle déjà les fonds.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
