Dans les artères animées de Kinshasa, là où les klaxons et les espoirs se mêlent, une question taraude les esprits : la paix en RDC ne restera-t-elle qu’un mirage si l’on continue d’ignorer les femmes et les jeunes ? Ce mardi, lors d’un colloque vibrant dédié à la consolidation de la paix, cette interrogation a pris une dimension presque charnelle, portée par des voix trop longtemps confinées au silence.
Organisé par la Fondation Calixte Munana, en partenariat avec Youth Action for Development and Peace et l’Ambassade de la jeunesse congolaise, ce colloque Kinshasa paix a réuni une mosaïque d’acteurs engagés. Experts, activistes, citoyens ordinaires – tous avaient en partage une conviction : sans une implication massive des femmes et des jeunes, la construction d’une paix durable en RDC demeurera un vœu pieux.
Di Martina BeriNew, spécialiste genre de la MONUSCO, a posé les mots qui fâchent, ceux qui bousculent les certitudes. « Chaque jour, chaque femme peut contribuer à la résolution de ces crises, notamment des conflits intercommunautaires », a-t-elle martelé, rappelant que le rôle des femmes dans la paix ne se limite pas à panser les plaies après les violences, mais à prévenir celles-ci en amont. Son plaidoyer, lancé comme un appel, a résonné dans la salle : « Il est essentiel de prendre cet aspect en compte dans les solutions que nous proposons. »
Puis ce fut au tour de Carbone Béni, activiste pro‑démocratie, de secouer la jeunesse congolaise paix. Avec une franchise désarmante, il a exhorté la jeune génération à « se départir des discours de haine » et à comprendre que « si elle n’agit pas maintenant, l’avenir sera compromis ». Dans ses mots, point de mièvrerie, mais l’urgence d’une prise de conscience collective face aux défis sécuritaires, sociaux et politiques qui minent la RDC.
Mais pourquoi ce constat revient-il sans cesse sans jamais se traduire en actes ? Combien de fois a-t-on vanté, dans des conférences feutrées, la résilience des femmes et le dynamisme de la jeunesse congolaise paix, pour ensuite les cantonner à des rôles subalternes dans les processus de décision ? La RDC, terre de tous les paradoxes, affiche des statistiques où les femmes, pourtant artisanes du quotidien, restent largement absentes des sphères de négociation. De même, une jeunesse qui représente plus de 60 % de la population se voit trop souvent réduite au rang de spectatrice, voire de main-d’œuvre instrumentalisée par les fauteurs de troubles.
Le colloque Kinshasa paix n’a pas éludé ces questions. Des témoignages poignants, parfois étouffés par des années de marginalisation, ont percé le brouhaha des discours officiels. Une participante, mère de famille du quartier de Masina, a confié : « Nous, les femmes, on nous dit toujours de réconcilier les voisins, mais quand il s’agit de s’asseoir à la table des pourparlers, on nous demande de préparer le thé. » Sa voix, tremblante mais ferme, illustre le fossé entre les promesses et la réalité. La consolidation de la paix en RDC exigera-t-elle de bousculer les codes patriarcaux et générationnels ?
Les organisateurs ont rappelé que ce rendez-vous ne marquait qu’un début. La Fondation Calixte Munana et ses partenaires entendent décliner des initiatives concrètes : ateliers de médiation, formations au leadership, plaidoyers pour une représentation équitable dans les instances locales. Mais, comme l’a souligné un intervenant, « la paix ne se décrète pas, elle se construit chaque jour dans les quartiers, les écoles, les marchés ».
Derrière ces mots, c’est toute l’architecture d’une paix durable qui se dessine. Impliquer les femmes et les jeunes n’est pas un supplément d’âme, mais un impératif stratégique. Les conflits en RDC trouvent leurs racines dans des frustrations souvent nées de l’exclusion. Laisser de côté la moitié de la population et sa force la plus créative revient à bâtir une maison sur du sable. Le colloque Kinshasa paix a jeté une pierre dans la mare des indifférences. Reste à savoir si les décideurs sauront entendre le message avant que la prochaine crise ne vienne rappeler douloureusement l’urgence d’agir.
En définitive, la paix en RDC ne pourra éclore sans une rupture avec les schémas traditionnels. Femmes et jeunes ne seront pas les simples instruments d’une réconciliation imposée : ils en sont les garants. Ce rendez-vous de Kinshasa, vibrant plaidoyer pour une citoyenneté nouvelle, pourrait bien constituer le premier pas d’une longue marche vers une société où chaque voix compte. Mais le chemin est encore long, et les mots, si forts soient-ils, devront se muer en actes. Car, comme le disait une participante, « la paix, ce n’est pas un mot qu’on écrit sur les murs ; c’est une vie qu’on sauve chaque matin ».
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
