Sur les trottoirs défoncés de Kinshasa, un enfant mendie, le regard vide. Connaît-il seulement qu’une loi le protège ? À quelques kilomètres de là, dans une salle de conférence climatisée, les mots rassurants d’un haut fonctionnaire résonnent : « Des avancées significatives dans la mise en œuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant en RDC. » Un décalage abyssal que le journal Congoquotidien.com a voulu interroger.
Jeudi 7 mai, lors d’un atelier de formation des journalistes amis de l’enfant, le chef de la Division de la protection de l’enfant au ministère du Genre, Famille et Enfant a livré un état des lieux. Selon lui, la République démocratique du Congo a franchi des étapes importantes. Ratification d’instruments internationaux, harmonisation de l’arsenal juridique, adoption d’une loi spécifique… Sur le papier, la protection de l’enfant en RDC n’a jamais été aussi affirmée.
Et de citer la création des Conseils provinciaux de l’enfant, désormais opérationnels dans plusieurs provinces. « Le pays s’est doté d’une loi portant protection de l’enfant, et l’on observe un changement de mentalité au sein des familles, notamment une diminution des punitions corporelles », a-t-il expliqué. Un discours qui tranche avec la banalisation des châtiments physiques encore si courants.
Mais alors, pourquoi cette révolution reste-t-elle silencieuse ? Pour des millions d’enfants congolais, le quotidien est fait de privations, de violences et d’exploitation. Les mines du Katanga, les rues de Goma, les zones de conflit de l’Est : autant de théâtres où les droits de l’enfant en RDC sont bafoués chaque jour. La Convention des droits de l’enfant, pourtant ratifiée depuis 1990, peine à descendre dans les chaumières, là où la survie prime sur la loi.
Les Conseils provinciaux de l’enfant sont une avancée indéniable. Ces structures, voulues par le ministère du Genre RDC, devraient permettre une meilleure coordination entre les acteurs. Mais combien de citoyens savent qu’ils existent ? Dans le Kwilu ou le Kasaï, l’enfant qui subit des abus ignore le chemin qui mène à ces instances. L’information reste le talon d’Achille.
Le responsable ministériel a également souligné un « changement de mentalité » dans les familles. Vrai ? Sans doute. Mais pourquoi tant de filles sont-elles encore mariées avant l’âge ? Pourquoi les écoles publiques continuent-elles d’utiliser le fouet comme outil pédagogique ? La loi de 2009 sur la protection de l’enfant interdit pourtant ces pratiques. C’est que la route est longue entre l’adoption d’un texte à Kinshasa et son application à 2 000 kilomètres de là.
Pourtant, ne boudons pas notre plaisir. L’harmonisation du cadre juridique national avec les instruments internationaux constitue une base essentielle. La RDC a par exemple aligné le Code pénal et le Code de la famille sur les standards de la protection de l’enfant en RDC. Ces réformes, parfois méconnues, méritent d’être saluées. Elles créent un environnement où les abus peuvent être poursuivis, où les victimes ont – en théorie – un recours.
L’atelier de formation des journalistes, soutenu par l’UNICEF, vise justement à combler ce fossé de communication. Les médias ont un rôle clé pour faire connaître ces mécanismes. Mais attention : communiquer ne suffit pas. Il faut que les institutions fonctionnent, que les budgets suivent, que la corruption ne vienne pas tout gangrener.
Alors, révolution silencieuse ou simple opération de séduction ? Le chef de la Division de la protection de l’enfant insiste : « Il y a des avancées réelles ». Il a raison. Pour autant, le chemin restant est immense. Chaque matin, un enfant de RDC se réveille avec pour seul horizon la faim, la guerre ou l’exploitation. Tant que les lois ne descendront pas dans la poussière des quartiers, ces progrès resteront lettre morte.
Et vous, chers lecteurs, avez-vous vu un Conseil provincial de l’enfant dans votre commune ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
