Et si les lois ne suffisaient pas ? Sur le papier, la République démocratique du Congo n’a jamais autant défendu ses enfants. Mais dans les ruelles de Kinshasa, à Goma ou à Mbuji-Mayi, les jeunes visages racontent parfois une tout autre histoire. C’est ce contraste saisissant qu’a ravivé, jeudi 7 mai, une déclaration de Gilbert Lusamba, chef de la Division de la protection de l’enfant au ministère du Genre, Famille et Enfant. Devant des journalistes réunis à Kinshasa pour une formation soutenue par l’UNICEF, ce haut fonctionnaire a salué des « avancées significatives » dans la mise en œuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant. Un discours officiel qui interroge autant qu’il rassure, dans un pays où les droits de l’enfant RDC peinent encore à passer du texte à la réalité.
« Il y a des avancées réelles que le gouvernement a déjà réalisées, notamment la ratification d’instruments juridiques internationaux qui protègent l’enfant, comme la Convention relative aux droits de l’enfant », a souligné Gilbert Lusamba, insistant sur l’harmonisation de l’arsenal juridique national. Derrière ces termes techniques, une promesse de taille : aligner le droit congolais sur les standards internationaux, et surtout, faire reculer l’impunité envers les violences faites aux mineurs. La RDC s’est effectivement dotée d’une loi portant protection de l’enfant, et des Conseils provinciaux de l’enfant – sortes de vigies décentralisées – voient le jour dans plusieurs provinces. Autant de signaux qui, selon le ministère, marquent une volonté politique forte.
Pourtant, comment ne pas questionner la portée réelle de ces mécanismes ? Les avancées droits enfant invoquées par Gilbert Lusamba sont-elles perceptibles au-delà des salles de conférence ? L’exemple des punitions corporelles, qu’il cite comme un signe de « changement de mentalité », est éloquent. Si, dans certaines familles des centres urbains, la correction violente recule timidement, il suffit d’un déplacement dans les villages reculés pour comprendre que la coutume demeure un puissant contre-poids à la loi moderne. La protection de l’enfant RDC se heurte à un mur : celui de l’immensité du territoire, des conflits armés, et d’une pauvreté qui pousse chaque jour des milliers d’enfants vers les mines, les marchés ou la rue.
Et que dire des enfants accusés de sorcellerie, chassés par leur propre communauté, malgré l’existence de textes qui les préservent ? Les statistiques, quand elles existent, sont glaçantes, mais le quotidien l’est davantage. À Kinshasa, le cri d’un enfant battu dans une parcelle voisine rappelle cruellement que la loi ne vaut que lorsqu’un voisin ose appeler la police, que lorsqu’un tribunal condamne, que lorsqu’un agent de l’État est formé et payé pour agir. Or, combien de commissariats disposent d’une brigade pour mineurs ? Combien de magistrats spécialisés couvrent les zones rurales ? L’harmonisation juridique célébrée par les autorités est indispensable, mais elle n’est qu’un socle. Sans moyens humains, financiers et logistiques à la hauteur, la plus belle des conventions demeure un vœu pieux.
L’atelier de formation des journalistes, qui a servi de cadre à cette déclaration, rappelle aussi un autre maillon essentiel : l’information. Les médias ont le pouvoir de briser le silence, de nommer les violations, d’exiger des comptes. Pour que les droits de l’enfant RDC deviennent une réalité tangible, il faut que chaque Congolais sache qu’un enfant a le droit d’aller à l’école, de ne pas être marié de force, de ne pas être utilisé comme soldat. Cette connaissance est encore trop fragmentaire. Ainsi, la route est encore longue. Le discours de Gilbert Lusamba a le mérite de poser un jalon d’espoir, mais il ne doit pas éteindre l’urgence. Les défis restent immenses, et chaque jour perdu est une enfance volée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
