Le drame se répète à chaque naissance dans la province du Maniema : des mères perdent la vie parce que du sang compatible n’est pas disponible au moment critique. En marge de la Journée internationale de la sage-femme, célébrée le 5 mai dernier, l’organisation provinciale a déposé un mémorandum au gouverneur. Le constat est sans appel : le taux de décès maternels reste alarmant, et la première cause identifiée est l’absence d’une banque de sang fonctionnelle 24 heures sur 24.
Mais pourquoi le sang est-il si souvent le point faible des urgences obstétricales ? Lors d’un accouchement, surtout s’il se complique, une hémorragie peut survenir brutalement. On parle d’hémorragie du post-partum quand une femme perd plus de 500 ml de sang après la délivrance. Sans transfusion rapide, le cœur ne peut plus pomper suffisamment de liquide vital pour irriguer les organes. C’est une course contre la montre où chaque minute compte. Imaginez que le réservoir de votre voiture se vide soudainement sur l’autoroute : sans station-service à proximité, le moteur cale. Pour la mère, c’est la même chose. Si la banque de sang n’est pas approvisionnée ou accessible la nuit, le drame devient presque inévitable.
Les sages-femmes du Maniema ne baissent pas les bras. Annie Kamwanya Manace, leur présidente provinciale, explique : « Nous avons constaté que le taux de décès maternels dans la province du Maniema prend de l’ampleur. Nous demandons la mise en place d’une banque de sang fonctionnelle 24 heures sur 24. Le manque de sang fait mourir les femmes en couches. » Pour joindre l’acte à la parole, plusieurs professionnelles se sont même déclarées prêtes à devenir des donneuses bénévoles. Une initiative qui mérite d’être appuyée, car un don régulier des sages-femmes elles-mêmes pourrait créer une chaîne de solidarité et sensibiliser la population au don volontaire.
Mais le combat des sages-femmes ne se limite pas aux transfusions sanguines. Leur mémorandum demande aussi la reconnaissance de leur statut professionnel, avec l’octroi de matricules et de primes de fonction. Aujourd’hui, certaines travaillent sans cadre officiel, sans protection sociale, alors qu’elles sont en première ligne des urgences obstétricales. Une situation qui affaiblit le système de santé : quand le personnel soignant n’est pas motivé, c’est toute la qualité de la prise en charge qui se dégrade.
Pour réduire la mortalité maternelle au Maniema, une approche globale s’impose. La création d’une banque de sang opérationnelle en continu est une mesure immédiate et vitale, mais elle doit s’accompagner de campagnes de sensibilisation pour encourager le don de sang, d’un renforcement des équipements dans les maternités, et d’une meilleure formation à la gestion des hémorragies. Les sages-femmes de la province appellent les autorités sanitaires et le gouvernement provincial à soutenir ces campagnes, car la mort d’une mère en couches est un échec collectif qui touche toute la communauté.
En République démocratique du Congo, où l’on recense encore des centaines de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, le Maniema peut devenir un exemple. Il suffit d’écouter celles qui connaissent le mieux le terrain, ces sages-femmes qui assistent à l’arrivée de la vie et trop souvent à son départ. La balle est dans le camp des décideurs. Alors, une banque de sang au Maniema : simple promesse ou action urgente ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
