AccueilActualitéÉconomieInclusion financière en RDC : le mobile money explose, la bancarisation reste...

Inclusion financière en RDC : le mobile money explose, la bancarisation reste timide

Comment expliquer qu’en République démocratique du Congo, près de six adultes sur dix aient accès à des services financiers, mais que moins d’un sur trois possède un compte bancaire ? Cette interrogation, au cœur des préoccupations des autorités monétaires, trouve une réponse dans les récentes déclarations d’André Wameso, gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC). Selon les derniers chiffres officiels, le taux d’inclusion financière RDC est estimé à environ 58 %, tandis que le taux de bancarisation oscille entre 25 et 30 %. Un écart révélateur des mutations en cours dans le paysage financier congolais.

Intervenant lors d’un briefing presse aux côtés du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, André Wameso a attribué cette divergence à l’essor du mobile money RDC. « Il est possible d’utiliser des moyens de paiement digitaux sans avoir de compte bancaire, notamment via les mobiles money », a-t-il expliqué. Cette réalité constitue un levier puissant pour les politiques publiques d’inclusion financière. Le gouverneur a souligné que la structure démographique du pays – plus de 80 % de la population née après l’an 2000 – représente un atout majeur pour la digitalisation de l’économie. « Cette jeunesse, très connectée et attirée par les nouvelles technologies, est déjà le moteur de la digitalisation dont nous avons besoin », a-t-il affirmé, en insistant sur l’objectif de promouvoir l’usage régulier du franc congolais.

Ce paradoxe entre inclusion et bancarisation interroge les observateurs. D’un côté, les services financiers numériques, portés par les opérateurs de téléphonie mobile, permettent à des millions de Congolais d’effectuer des transactions, d’épargner ou de recevoir des fonds sans passer par une banque traditionnelle. De l’autre, le système bancaire classique peine à attirer une clientèle souvent réticente en raison des coûts, de la méfiance ou de l’éloignement géographique. La Banque centrale du Congo mise sur ces technologies pour élargir l’accès aux services financiers tout en renforçant la stabilité macroéconomique.

Dans cette optique, la BCC a récemment pris des décisions monétaires d’envergure. Lors de la dernière réunion du Comité de politique monétaire, l’institution a annoncé qu’elle assurera l’exclusivité de l’importation physique des billets en devises étrangères à partir du 9 avril 2027. « Aucune banque commerciale ne sera plus autorisée à effectuer l’importation physique des monnaies étrangères », a précisé André Wameso, justifiant cette mesure par la nécessité de sécuriser les approvisionnements, de lutter contre le blanchiment de capitaux et d’harmoniser les procédures de change. Parallèlement, la Banque centrale du Congo a abaissé son taux directeur de 1,5 point de pourcentage, le faisant passer de 15 % à 13,5 %. Une décision visant à préserver la stabilité macroéconomique et à anticiper les chocs extérieurs.

Ces deux mesures – l’une réglementaire, l’autre monétaire – témoignent de la volonté de la BCC de moderniser le cadre financier congolais. En centralisant l’importation des devises, l’institution entend mieux contrôler les flux et réduire les risques systémiques. La baisse du taux directeur, quant à elle, devrait stimuler le crédit à l’économie tout en maintenant l’inflation sous contrôle. André Wameso mise sur la digitalisation pour accélérer la circulation de la monnaie nationale et renforcer la souveraineté monétaire.

L’avenir dira si ces réformes permettront de transformer l’inclusion financière en bancarisation durable. Pour l’heure, le chemin reste long : si le mobile money a démocratisé l’accès aux services de paiement, l’épargne et le crédit bancaires restent des pratiques marginales. La Banque centrale du Congo devra conjuguer innovation technologique et éducation financière pour que le fossé entre inclusion et bancarisation se réduise véritablement. Une gageure, mais aussi une opportunité historique pour un pays dont la jeunesse constitue le principal moteur de croissance.

Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd

Commenter
Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 04 Mai 2026

En ce 4 mai, la RDC fait face à de nouveaux défis sécuritaires, avec des incursions armées en Ituri, mais aussi à une mobilisation inédite pour l’Examen d’État, malgré les menaces à l'Est. Tandis que le mobile money tire l’inclusion financière vers le haut, la presse de l’Est reçoit un vibrant hommage pour son courage. Retrouvez les temps forts de l’actualité du jour dans ce brief complet.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques