À Bunia, comme dans les cinq territoires de l’Ituri, des milliers de personnes vivant avec handicap (PVH) tendent la main chaque jour dans l’espoir d’un sourire ou d’une pièce. « Je n’ai pas appris de métier, personne ne m’a donné la chance », confie Joseph, amputé de la jambe gauche après une attaque armée. Son histoire est celle de milliers d’autres. Mais un vent d’espoir souffle sur la province. Le projet résilience handicap Ituri, porté par la Division provinciale des PVH, ambitionne de toucher au moins 50 000 personnes et de briser le cycle de la mendicité.
Présenté jeudi 30 avril dernier, ce programme vise à garantir l’intégrité physique et la dignité des bénéficiaires. L’idée est simple mais puissante : transformer des vies en offrant des formations professionnelles adaptées. « Nous voulons rendre ces personnes utiles à elles-mêmes et à la société, en renforçant leur résilience pour qu’elles renoncent à la mendicité », explique Patient Alema, facilitateur du projet. L’autonomisation personnes handicapées devient ainsi une priorité pour sortir de la dépendance.
Mais pourquoi un tel projet maintenant ? Les violences armées qui ont déchiré l’Ituri ces dernières années ont considérablement accru le nombre de personnes handicapées et de déplacés internes. Aujourd’hui, environ 85 % des PVH de la province survivent encore grâce à la mendicité ou aux dons. Un chiffre qui interpelle. Comment accepter que des êtres humains soient réduits à quémander leur pain quotidien, alors qu’ils pourraient contribuer au développement de leur communauté ? La discrimination handicap reste un obstacle majeur, comme le souligne Claudine Nzeni, représentante du gouverneur de l’Ituri.
« On va parler de l’inclusivité. Les personnes vivant avec handicap doivent être représentées partout. Ici nous voulons dénoncer la discrimination et les encourager à s’autonomiser afin d’être bénéfiques pour elles-mêmes, leurs familles et la communauté », insiste-t-elle. Son appel résonne comme un cri d’alarme face aux préjugés persistants. Le PVH Ituri n’est pas seulement un projet économique ; c’est un combat pour la dignité et la justice sociale.
Le plan prévoit d’apprendre divers métiers aux bénéficiaires : couture, agriculture, petite mécanique, informatique adaptée… L’idée est de remplacer la main tendue par un outil de travail. Mais pour y parvenir, les moyens manquent. La Division provinciale sollicite l’appui du gouvernement provincial et de ses partenaires internationaux. « C’est un plan à vocation provinciale. Les autres partenaires, comme les ONG internationales, les agences des Nations unies ou les multilatéraux, peuvent intervenir pour son développement », précise Patient Alema.
Ce projet résilience handicap Ituri est une lueur d’espoir dans une région meurtrie par les conflits. Il montre que même dans l’adversité, une autre voie est possible. Mais le défi est immense : changer les mentalités, mobiliser des fonds, former des formateurs, et surtout, donner confiance à des personnes qui ont passé des années à se sentir invisibles. La question demeure : les autorités et la communauté internationale sauront-elles répondre présentes ? L’avenir de 50 000 Ituriennes et Ituriens en dépend.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
