À Kapela, le calme semble avoir déserté les lieux, supplanté par les nuisances sonores Kinshasa qui transforment l’avenue en un véritable champ de bataille acoustique. Entre les bars qui crachent leur musique à plein volume, les mégaphones des vendeurs et les cris des passants, la pollution sonore avenue Kapela est devenue le lot quotidien des habitants. Comment peut-on dormir, étudier ou simplement respirer dans un tel vacarme ? C’est la question que se posent des centaines de riverains, excédés par cette situation qui dure depuis des mois.
« En tant que père, je souhaite offrir à mes enfants un environnement propice au repos, à l’étude et à l’équilibre. Mais l’extérieur impose son rythme. Le bruit traverse les murs, perturbe le sommeil et finit par affecter toute la maison », témoigne Odon Lubienga, père de famille habitant non loin de l’avenue Kapela. Avec le temps, il constate une fatigue accumulée, de la nervosité et des difficultés de concentration chez ses enfants. « Même moi, je perds la tranquillité mentale nécessaire pour assumer mes responsabilités », ajoute-t-il, amer. « Ce qui est paradoxal, c’est que ces lieux sont censés dynamiser la vie économique et sociale. Mais sans encadrement, ils dégradent la qualité de vie des habitants. La vraie question n’est pas de supprimer ces activités, mais de trouver un équilibre. Une ville ne doit pas seulement être vivante, elle doit aussi être vivable. » Un cri du cœur qui résonne comme un appel à la tranquillité à Kinshasa.
Les sources de cette pollution sonore sont multiples. Les bars bruyants Kalamu sont pointés du doigt, mais aussi les vendeurs ambulants qui justifient leurs pratiques. Denise Mpoyi, vendeuse de perruques, reconnaît : « Nous utilisons des mégaphones pour transmettre rapidement des messages et promouvoir nos articles. Cela nous permet d’attirer la clientèle. » Une nécessité économique, certes, mais qui se fait au détriment du bien-être collectif. Les passants, eux, ne mâchent pas leurs mots. Jean Kamasaki raconte : « Chaque jour après le travail, je suis censé passer par l’avenue Kapela. C’est le chemin le plus direct, mais j’en arrive à l’éviter. Au début, je pensais que cela faisait partie de l’ambiance de Kinshasa. Mais avec le temps, ce n’est plus supportable. Les terrasses débordent sur la rue, la musique est si forte qu’on ne s’entend plus, les commerçants crient pour attirer les clients. Tout se mélange dans un vacarme incessant. »
Les autorités ne restent pas inactives. Sur le terrain, les agents de l’ordre rappellent l’application de la réglementation, notamment l’instruction du 7 mai 2025 de l’ancien ministre d’État à la Justice, Constant Mutamba, relative au décret n°14/012 du 8 mai 2014. Le major Kamango Dady explique : « Notre mission principale est de veiller au bien-être de tous, en particulier des habitants de la commune de Kalamu. Le problème central reste le respect entre voisins. Une musique trop forte, surtout tard le soir, empêche les riverains de se reposer. Cela affecte les enfants, les personnes âgées et ceux qui travaillent tôt le matin. » La procédure est claire : constat, dialogue, puis saisie en cas de récidive. « En cas de non-respect, un procès-verbal est dressé et les équipements en infraction peuvent être saisis. Le dossier est ensuite transmis au parquet pour les suites judiciaires », précise le major.
Mais ces mesures contre le bruit sont-elles réellement appliquées ? Les habitants en doutent. Le bruit continue de régner sans partage, et la fatigue s’installe. Au-delà de la gêne, c’est la santé publique qui est en jeu : stress, troubles du sommeil, hypertension… Les nuisances sonores ne sont pas une simple nuisance, elles deviennent un fléau social. Comment concilier la vitalité économique de Kinshasa avec le droit au repos ? La réponse devrait venir d’une régulation stricte et d’une sensibilisation collective. Ce que demandent les riverains, c’est une ville enfin vivable, où l’on puisse à la fois travailler, se divertir et se reposer. Une exigence de tranquillité à Kinshasa qui n’a rien d’excessif.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
