Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Les artères grouillent de motos jaunes et vertes, les fameux « wewa » qui slaloment entre les embouteillages. Mais derrière cette image de débrouille, se cache un drame quotidien. Combien de vies brisées sur le bitume ? Combien de familles endeuillées faute de règles ?
Les députés provinciaux de Kinshasa viennent de dire stop. Le 17 mars 2025, ils ont adopté une proposition d’édit portant réglementation du transport par taxi-moto dans la capitale. Une décision qui sonne comme un espoir pour les Kinois lassés du chaos. « Nous avons remarqué beaucoup d’abus et d’anomalies », a confessé Levi Mbuta, président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, en présentant le texte.
L’initiative revient au député provincial Nicolas Wemakoy. Selon lui, l’édit vise à promouvoir l’exercice de l’activité dans le respect du Code de la route. Car aujourd’hui, les wewa roulent sans frein : sens interdits, excès de vitesse, refus de porter le casque. « Des nombreux Kinois meurent par des accidents de moto, certains sont fracturés et restent avec des défauts », a déploré Levi Mbuta.
Le texte adopté interdit par exemple de transporter les femmes enceintes proches du terme, les enfants de moins de 12 ans non accompagnés, les personnes en état d’ivresse ou les personnes âgées non accompagnées. Il exige aussi le port du casque pour le conducteur et le passager, et proscrit la conduite en état d’ivresse. Les sanctions seront dissuasives : des amendes pour chaque infraction.
Mais ce n’est pas tout. L’édit réserve l’activité de taxi-moto aux seuls Kinois. Fini les militaires, policiers ou fonctionnaires qui se reconvertissent en chauffeurs. « Ce métier est une exclusivité des Kinois, d’autant plus qu’il est considéré comme des petits commerces », a précisé Levi Mbuta. Une mesure qui risque de faire grincer des dents, mais qui vise à professionnaliser le secteur.
Reste à savoir si la loi sera respectée. Par le passé, les autorités avaient déjà tenté d’interdire l’accès au centre-ville ou d’imposer le casque. En vain. Les wewa, souvent précaires, voient dans ces contraintes une menace pour leur gagne-pain. « Ils nous aident, nous avons besoin d’eux, mais ils doivent apprendre à respecter le code », a tempéré Levi Mbuta.
L’édit devra maintenant être promulgué par le gouverneur de Kinshasa, puis une vaste campagne de sensibilisation sera nécessaire. Car réguler les taxi-motos, c’est aussi sauver des vies. La sécurité routière en RDC en dépend. Les Kinois, eux, attendent des actes concrets. Après tout, une ville qui organise ses transports n’est-elle pas une ville qui protège ses citoyens ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
