Une situation alarmante secoue le système de santé dans la province du Sankuru, en République Démocratique du Congo. Près de 400 000 doses d’antipaludéens, destinées à sauver des vies, sont aujourd’hui devenues inutilisables après avoir atteint leur date de péremption dans l’entrepôt du Centre de distribution régional (CDR) de Lodja. Ce gâchis colossal, révélé par des sources internes, soulève des questions brûlantes sur la gestion des produits de santé essentiels dans une région où le paludisme fait des ravages quotidiens. Comment un tel dysfonctionnement a-t-il pu se produire, et quelles en seront les conséquences pour les populations déjà vulnérables ?
Les faits sont aussi simples qu’accablants. Ces médicaments, réceptionnés en novembre 2024, ont immédiatement été placés en quarantaine, une procédure d’usage en attente d’une autorisation de distribution. Cependant, le temps a filé sans qu’aucune dose ne quitte l’entrepôt. Pendant cinq mois critiques, ce stock stratégique est resté immobile. La situation s’est ensuite enlisée dans un imbroglio administratif international. L’organisation CHEMONICS, chargée de l’expédition, a donné instruction au CDR de suspendre toute distribution. Cette décision s’appuyait sur l’application d’un décret du président américain de l’époque, Donald Trump, gelant une partie de l’aide étrangère et humanitaire. Le blocage a duré près d’un an, jusqu’à sa levée en octobre 2025. À ce moment, il était déjà trop tard : les antipaludéens expirés dans le Sankuru avaient perdu toute leur efficacité thérapeutique.
L’impact de cette perte est immense. Le paludisme reste l’une des principales causes de morbidité et de mortalité en RDC, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Chaque dose perdue représente potentiellement une vie mise en danger. Dans une zone de santé comme Lodja, où l’accès aux soins est déjà limité, la disponibilité de ces médicaments périmés à Lodja était cruciale pour endiguer la maladie. Leur expiration force à se poser une question douloureuse : combien de décès évitables cette négligence va-t-elle entraîner ? Ce grave dysfonctionnement dans le système de santé en RDC illustre de manière criante la fragilité des chaînes d’approvisionnement et les conséquences désastreuses des décisions politiques éloignées du terrain.
Face à ce scandale, les réactions locales sont unanimes dans la dénonciation. L’administrateur du territoire intérimaire a publiquement appelé à l’ouverture d’une enquête approfondie pour établir les responsabilités de chaque acteur impliqué. Du côté de la société civile, Anyeme Djonga, président de la Société civile révolutionnaire du Sankuru, a qualifié la situation de « négligence inacceptable ». Ces appels résonnent alors qu’une mission d’enquête en provenance de Kinshasa est attendue sur place dans les prochains jours. Son mandat sera d’examiner minutieusement les circonstances qui ont conduit à ce fiasco et d’identifier les éventuelles défaillances ou négligences. L’enquête sur les médicaments du Sankuru devra notamment clarifier le rôle des différents niveaux de décision, depuis la quarantaine initiale jusqu’à l’application du décret Trump sur l’aide humanitaire en RDC.
Au-delà de la recherche de responsables, cette affaire doit servir de leçon. Elle met en lumière la nécessité absolue de renforcer les procédures de gestion des stocks de médicaments vitaux. Des mécanismes d’alerte précoce pour éviter la péremption, une meilleure coordination entre les acteurs nationaux et internationaux, et une plus grande transparence dans la chaîne logistique sont impératifs. La population congolaise mérite un système de santé résilient, capable de protéger sa santé sans être otage d’aléas politiques externes. La perte de 400 000 doses d’antipaludéens n’est pas seulement un chiffre ; c’est un signal d’alarme qui doit pousser à une réforme en profondeur.
En conclusion, ce scandale des antipaludéens expirés est un coup dur pour la lutte contre le paludisme en RDC. Il démontre comment des vies peuvent être compromises par des enchaînements administratifs et des décisions politiques mal calibrées. Alors que les investigations vont débuter, il est crucial que les autorités sanitaires tirent les enseignements de ce dysfonctionnement pour éviter qu’il ne se reproduise. La priorité doit maintenant être de reconstituer au plus vite les stocks de médicaments essentiels à Lodja et dans tout le Sankuru, et de garantir que chaque dose financée par l’aide internationale atteigne ceux qui en ont un besoin urgent. La santé publique ne peut plus se permettre de tels gaspillages.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
