Alors que la crise persiste dans l’Est de la République démocratique du Congo, un appel à l’unité des efforts diplomatiques a été lancé depuis New York. La Fédération de Russie, par la voix de sa représentante adjointe auprès des Nations unies, Anna Evstigneeva, a insisté sur l’urgence d’une coordination étroite entre les multiples initiatives visant à ramener la paix dans la région des Grands Lacs. Cet appel, lancé lors d’une réunion d’information du Conseil de sécurité de l’ONU ce mercredi 15 avril 2026, souligne le fossé inquiétant entre les avancées sur papier et la réalité sanglante du terrain.
Le contexte rappelé par la diplomate russe est celui d’un processus de paix morcelé et inefficace. Elle a pointé du doigt la résolution 2773 du Conseil de sécurité, adoptée en février 2025, qui proposait des options politiques concrètes pour stabiliser la situation sans conditions préalables. Pourtant, selon ses déclarations, les gouvernements du Rwanda et de la RDC ont de facto renoncé aux exigences fondamentales de cette résolution, à savoir la cessation des hostilités et l’arrêt du soutien aux groupes armés illégaux. Cette incapacité à respecter les engagements pris alimente un cycle de violence dont les populations civiles sont les premières victimes.
Anna Evstigneeva a ensuite dressé un bilan mitigé des différentes médiations en cours. Elle a remercié les efforts du Premier ministre togolais Faure Gnassingbé et du Groupe des médiateurs, tout en constatant que leurs initiatives « sont restées largement lettre morte ». Un soutien a également été exprimé pour le travail de l’Angola, qui cherche à faciliter un dialogue inter-congolais. Le cœur du message de la Russie à l’ONU sur la paix en RDC réside dans cette nécessité de cohérence : « Nous tenons à réaffirmer la nécessité d’une coordination étroite de toutes les initiatives de maintien de la paix dans l’est de la RDC », a-t-elle déclaré, insistant sur l’importance de s’attaquer aux causes profondes du conflit pour un règlement durable.
« Son mandat revêt également une importance capitale pour la revitalisation du Cadre pour la paix, la sécurité et la coopération, dont les dispositions clés sont conçues pour servir de feuille de route à la coopération régionale. Pour notre part, nous continuerons à œuvrer au sein de ce Conseil afin de faciliter un règlement politique de la crise dans l’est de la RDC et d’assurer une stabilisation à long terme dans la région des Grands Lacs », a rassuré la représentante permanente adjointe.
Cet appel à la coordination intervient dans un paysage diplomatique saturé et peu concluant. Le processus de Washington, pourtant relancé avec la signature d’accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame sous l’égide de l’ancien président américain Donald Trump, n’a pas engendré l’amélioration sécuritaire espérée. Les accusations mutuelles de violations des engagements entre Kinshasa et Kigali persistent, nourrissant une méfiance réciproque qui paralyse tout progrès substantiel. Comment expliquer que des accords solennellement entérinés peinent à produire des effets concrets sur le conflit dans l’Est de la RDC ?
Parallèlement, les discussions de Doha, qui visaient à compléter les accords de Washington en abordant les racines de la crise avec la rébellion du M23, sont au point mort. Le nouveau round de discussions délocalisé en Suisse, suite aux tensions au Moyen-Orient, n’a pas réussi à insuffler une dynamique nouvelle. Cette branche de médiation, cruciale pour traiter de questions comme la restauration de l’autorité de l’État ou la réintégration des combattants, est donc elle aussi dans l’impasse. La diplomatie des Grands Lacs semble ainsi tourner en rond, enfermée dans des cycles de pourparlers sans impact visible.
Face à cette paralysie, le rôle des acteurs internationaux comme l’envoyé spécial du Secrétaire général, Huang Xia, est présenté comme capital. La Russie a exprimé son soutien à ses efforts pour faciliter la médiation africaine et rétablir un dialogue constructif entre tous les pays de la région. La revitalisation du Cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région est présentée comme une feuille de route incontournable. Mais sans une volonté politique ferme des parties directement impliquées, ces cadres risquent de rester des coquilles vides.
Au final, l’intervention d’Anna Evstigneeva devant le Conseil de sécurité sonne comme un avertissement lucide. Elle met en lumière la contradiction fondamentale entre la multiplication des initiatives de paix et la dégradation continue de la sécurité. Les populations de l’Est congolais, prises entre les feux de groupes armés et les jeux géopolitiques, attendent davantage que des déclarations de principe. L’appel répété de la Russie à l’ONU pour la paix en RDC souligne une vérité dérangeante : sans une synergie réelle et un engagement sincère à respecter les cessez-le-feu et à couper les soutiens aux milices, les processus de Washington, de Doha et autres resteront des exercices de style sans effet sur la tragédie humaine qui se joue dans le Kivu. La balle est désormais dans le camp des belligérants et de leurs puissants parrains.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
