La question du petit commerce exercé par des expatriés au Kasaï Central s’invite au cœur du débat parlementaire provincial, cristallisant les tensions entre respect de la loi, protection de l’économie locale et régulation du secteur informel. Sur convocation de l’assemblée provinciale, le ministre provincial de l’économie, des finances et de l’industrie devra, ce mercredi 22 avril 2026, présenter la stratégie du gouvernement face à ce phénomène décrit comme une « double infraction » à la législation en vigueur. Cette interpellation, initiée par le député provincial Sosthène Kambidi, soulève un problème économique aux ramifications sociales profondes, mettant en lumière les failles de l’application des textes censés protéger les entrepreneurs nationaux.
À l’origine de cette convocation exceptionnelle se trouve l’arrêté ministériel n°002/CAB/MIN/COMEXT/2011 du 6 janvier 2011, un texte clé qui réserve explicitement l’exercice du petit commerce aux seuls nationaux. Pour le député Kambidi, le constat sur le terrain est sans appel : cette disposition légale est massivement contournée. « Il se constate au Kasaï Central depuis quelques années une présence accrue des indo-pakistanais, des Égyptiens et des Libanais qui vendent des ustensiles de cuisine, des télévisions, des appareils électroménagers voire de l’eau minérale en bouteille par unité », détaille l’élu. Cette incursion dans la vente au détail, segment traditionnellement occupé par les commerçants locaux, représenterait une concurrence déloyale et illégale, grévant les perspectives de croissance des petites et moyennes entreprises nationales.
Mais l’infraction ne se limiterait pas à la simple violation du monopole national sur le commerce informel. Le député Kambidi pointe une seconde pratique, aux conséquences économiques potentiellement plus lourdes pour les consommateurs : le crédit à taux usuraire. Selon ses informations, ces commerçants expatriés proposeraient systématiquement le paiement à crédit de leurs articles, mais à des « taux d’intérêt excessifs souvent usuraires ». Cette pratique transforme une simple transaction commerciale en un piège financier pour les ménages les plus vulnérables, exacerbant la précarité dans une province déjà confrontée à des défis socio-économiques majeurs. Comment un tel système a-t-il pu se développer en toute impunité ? La question de la supervision et du contrôle du secteur se pose avec acuité.
Cette situation crée un vide réglementaire préjudiciable à la fois à l’économie formelle, privée de recettes fiscales, et aux consommateurs, livrés à des pratiques non encadrées. Le commerce informel des expatriés, tel que décrit, échappe à toute norme de qualité, de sécurité des produits et de protection du client. L’absence de facturation, de garanties légales et de recours en cas de litige place l’acheteur dans une position de faiblesse absolue. Le député Kambidi résume ainsi cette double menace : « Cette forme de commerce informel, non réglementée, constitue une double infraction à la législation sur le petit commerce et aux règles de protection du consommateur. »
L’interpellation du ministre de l’économie du Kasaï Central vise donc à obtenir des réponses claires sur la politique provinciale. Les députés attendent plus qu’un simple rappel à la loi ; ils demandent un plan d’action concret. Quelle est la stratégie du gouvernement provincial pour faire respecter, sur le terrain, les lois et règlements de la République ? Quels moyens humains, logistiques et juridiques sont-ils déployés pour identifier, contrôler et, le cas échéant, sanctionner ces activités illicites ? La réponse du ministre sera scrutée à la loupe, car elle révélera la capacité réelle des autorités provinciales à réguler un secteur économique clé et à défendre les intérêts des entrepreneurs nationaux, pierre angulaire d’un développement endogène.
L’enjeu dépasse la simple régulation marchande. Il touche à la souveraineté économique locale et à la crédibilité de l’État de droit dans le domaine des affaires. Une application laxiste de l’arrêté de 2011 sape la confiance des investisseurs nationaux et envoie un signal désastreux quant à la primauté de la loi. À l’inverse, une régulation ferme et équitable, qui distinguerait clairement l’investissement étranger formel et bénéfique de l’incursion illégale dans le petit commerce, pourrait assainir le climat des affaires et protéger un maillon essentiel de l’économie du Kasaï Central. La balle est désormais dans le camp de l’exécutif provincial. Sa réponse déterminera si la protection du petit commerce des nationaux en RDC reste une clause de style ou devient une réalité économique tangible.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
