« Nous avons tout perdu en une nuit. Les coups de feu, les cris, puis les flammes… Maintenant, nous dormons à plusieurs familles dans une seule salle de classe, sans savoir de quoi demain sera fait. » La voix de Samuel, déplacé de Mambasa rencontré à Kisangani, tremble encore de terreur. Son témoignage, parmi des milliers d’autres, résume le drame humain qui se joue dans l’Ituri et qui a finalement forcé la main du gouvernement. Face à la recrudescence des attaques sanglantes attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF), le Conseil des ministres a acté, mercredi 15 avril, le déploiement immédiat d’une assistance humanitaire d’urgence pour les populations du territoire de Mambasa.
Cette décision, validée sous la direction du Président Félix Tshisekedi, fait suite à un rapport alarmant de la ministre d’État Ève Bazaiba Masudi. « Depuis le 12 mars 2026, la population du territoire de Mambasa est confrontée à des actes de violences extrêmes », a-t-elle indiqué, dépeignant une crise humanitaire aux multiples facettes. L’activisme des ADF en Ituri ne se limite plus à semer la mort ; il génère des vagues de déplacés qui fuient l’horreur, mettant à genoux les communautés d’accueil.
Mais que trouvent ces familles en fuyant ? Une précarité amplifiée. La ville de Kisangani, dans la province voisine de la Tshopo, subit une pression migratoire inédite. Rien que du 6 au 10 avril, plus de 4 380 déplacés de Mambasa y ont été enregistrés, et le flux ne tarit pas. L’image est criante : des écoles transformées en abris de fortune, des centres de santé submergés, des points d’eau sursollicités. Le manque d’abris, l’insécurité alimentaire et l’accès limité aux soins créent un cocktail explosif, exposant particulièrement les femmes et les enfants à des risques de protection majeurs.
L’initiative du gouvernement Tshisekedi vise à couvrir ces besoins prioritaires. Pourquoi cette réponse semble-t-elle si cruciale aujourd’hui ? Parce que la menace a changé de visage. Traditionnellement ancrés dans le Nord-Kivu, les ADF étendent leur emprise mortelle vers l’Ituri et se rapprochent dangereusement de Kisangani, en dépit des opérations militaires conjointes. Le territoire de Mambasa est classé « rouge », une zone où la terreur est quotidienne. La décision de rapporter chaque vendredi l’évolution de la situation en Conseil des ministres montre une prise de conscience de l’urgence. Mais cette aide humanitaire suffira-t-elle à apaiser la terreur qui pousse les gens sur les routes ?
Derrière les chiffres et les plans d’urgence, c’est toute la cohésion sociale de la région qui est ébranlée. Des villages entiers se vident, des réseaux familiaux et communautaires se disloquent sous la pression des violences en Ituri. La réponse annoncée – renforcement des évaluations multisectorielles et mobilisation structurée des partenaires – est un premier pas nécessaire. Cependant, elle se heurte à une réalité têtue : comment reconstruire un sentiment de sécurité quand la menace armée reste aux portes ? L’assistance, aussi vitale soit-elle, ne sera qu’un pansement si la racine du mal, l’insécurité, n’est pas traitée.
La RDC est une nouvelle fois confrontée au défi de protéger ses civils tout en gérant une catastrophe humanitaire complexe. Le déploiement d’aide à Mambasa est un signal fort, mais il intervient dans un contexte où la confiance des populations en la capacité de l’État à les protéger est mise à rude épreuve. L’enjeu dépasse la simple distribution de nourriture ou de tentes. Il s’agit de restaurer un avenir pour des milliers de Samuel, pour qui la solidarité nationale doit désormais se traduire par des actes concrets et une sécurité retrouvée. La route sera longue, et les regards sont braqués sur Kisangani, qui incarne aujourd’hui le dernier refuge d’une humanité en détresse.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
