Un calme précaire, aussi ténu que la brume matinale sur les collines du Nord-Kivu, s’est installé ce vendredi 17 avril sur l’agglomération d’Ihula, dans le territoire de Walikale. Cette accalmie, toute relative, ne doit pas tromper. Elle fait suite à une journée de violences extrêmes, jeudi 16 avril, où les rebelles de l’AFC/M23 et les combattants wazalendo se sont livrés une bataille sanglante pour le contrôle de cette localité stratégique du groupement Kisimba. La sécurité à Walikale, déjà fragile, vacille une fois de plus sous le poids des armes.
Selon plusieurs sources locales et coutumières jointes par notre rédaction, l’escalade a débuté par une offensive lancée par les groupes d’autodéfense wazalendo contre les positions tenues par le M23 à Ihula. L’assaut, soudain et violent, a plongé la population civile dans une panique indescriptible. Le bruit des tirs et des explosions a résonné pendant de longues heures, brisant le quotidien déjà difficile des habitants de Balindu. Face à cette intensité, fuir était la seule option. Des familles entières ont abandonné leurs maisons, se précipitant sur les sentiers menant vers Kalembe ou se dissimulant dans la brousse environnante, ajoutant leur nombre aux milliers de déplacés du conflit en RDC.
Le bilan humain précis de ces affrontements entre M23 et wazalendo reste, à ce stade, impossible à établir. L’accès à la zone est restreint et le climat de peur persistant. Toutefois, des informations concordantes font état de destructions matérielles significatives. Le camp utilisé par les rebelles aurait été incendié lors de la brève incursion des combattants wazalendo dans le périmètre d’Ihula. Cette action, bien que localisée, symbolise l’âpreté des combats et la détermination des parties en présence. Après cet engagement, les wazalendo se sont retirés, permettant aux éléments du M23 de réinvestir les lieux et d’y affirmer à nouveau leur contrôle.
Mais quel contrôle peut-on réellement exercer sur une localité fantôme ? La majorité des habitants d’Ihula n’est pas revenue. Ils restent cantonnés dans des zones de refuge précaires, le regard tourné vers leurs maisons qu’ils n’osent réintégrer. La crainte d’une reprise immédiate des hostilités est palpable. Cette peur, nourrie par l’expérience douloureuse de cycles de violence répétés dans le Nord-Kivu, paralyse tout retour à la normale. Les besoins humanitaires, déjà criants, ne font que s’accroître avec cette nouvelle vague de déplacement. La situation à Ihula illustre avec acuité le drame silencieux des communautés prises en étau dans un conflit dont elles sont les premières victimes.
La situation sécuritaire dans le territoire de Walikale demeure donc extrêmement volatile. Les lignes de front sont mouvantes, et la présence de multiples groupes armés entretient un état de tension permanent. Les affrontements à Ihula ne sont pas un incident isolé, mais le symptôme d’une instabilité chronique qui mine la région. Les autorités provinciales et nationales sont-elles en mesure de rétablir l’ordre et de protéger les civils dans ces zones reculées ? La question se pose avec insistance alors que les actualités du Nord-Kivu sont trop souvent marquées par des récits similaires de violence et d’exode.
L’incertitude est aujourd’hui la seule certitude pour les populations de Balindu et des environs. La communauté internationale, souvent alertée sur la dégradation de la situation dans l’Est de la RDC, surveillera-t-elle de près cette nouvelle flambée de violence à Walikale ? En attendant, sous un calme de surface qui n’inspire aucune confiance, la population vit au rythme de la peur et de l’attente. Les champs sont laissés en friche, les écoles fermées, la vie sociale suspendue. La reprise des combats n’est qu’une question de temps pour beaucoup, condamnés à une existence d’errance et de précarité. La résolution de ce conflit, dont les racines sont complexes, semble plus lointaine que jamais, laissant les civils payer le prix fort de l’affrontement entre M23 et wazalendo.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
