La scène politique kinoise a été le théâtre, ce mercredi 15 avril, d’une mobilisation aussi symbolique qu’éloquente. Plus de soixante figures féminines d’influence, rassemblées sous la bannière de « Femmes unies pour la nation » (FUNAT), ont officiellement jeté leur poids derrière la candidature de Juliana Lumumba à la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie. Cette démonstration de force collective, loin d’être un simple rituel de soutien, s’apparente à une manœuvre politique calculée, visant à projeter une image d’unité nationale et à capitaliser sur la thématique du leadership féminin RDC sur la scène internationale.
Dans les salons feutrés de Kinshasa, entrepreneures, anciennes ministres et parlementaires ont ainsi transformé une réunion de plaidoyer en une véritable tribune diplomatique. La représentante de la FUNAT, Odette Babandowa, a martelé un discours centré sur l’inclusion et la diversité, valeurs qu’elle estime indispensables à une refonte de la gouvernance francophone. Son plaidoyer, soigneusement calibré, ne se contente pas de vanter les mérites d’une candidate ; il interpelle directement les instances de l’OIF sur leur devoir de représentation. N’est-ce pas le moment, semblent-elles suggérer, pour la Francophonie d’incarner réellement les principes qu’elle prône, en confiant sa destinée à une femme issue du continent qui en est le fer de lance démographique ?
Le projet porté par Juliana Lumumba, articulé autour de l’éducation, de la paix et de la complémentarité entre États, sert de socle à cette offensive. Pour les initiées de la FUNAT, il ne s’agit pas seulement d’un programme technique, mais d’un vecteur de soft power pour la diplomatie République démocratique du Congo. L’accession d’une Congolaise à ce poste stratégique serait un signal politique retentissant, capable de reconfigurer la perception du pays à l’étranger et de lui ouvrir des arcanes d’influence longtemps convoités. Cette candidature congolaise Francophonie devient ainsi un test, non seulement pour la candidate elle-même, mais aussi pour la capacité du pays à mener à bien une campagne internationale unie et convaincante.
Derrière les discours sur la compétence et le patriotisme, une autre bataille se joue : celle de la représentativité. La FUNAT instrumentalise-t-elle avec sagacité la question du genre pour forcer les portes, ou assiste-t-on à un mouvement authentique porteur d’un nouveau modèle ? La plateforme affirme vouloir faire de cette candidature un levier durable pour la participation des femmes aux affaires publiques. Cependant, on peut légitimement s’interroger sur la traduction concrète de cet engagement une fois les feux des projecteurs éteints. L’unité affichée derrière Juliana Lumumba OIF résistera-t-elle aux réalités souvent fragmentées du paysage politique congolais ?
Alors que la course pour succéder à Louise Mushikiwabo entre dans sa phase décisive, le soutien des Femmes unies pour la nation constitue un atout non négligeable dans l’arsenal diplomatique de Kinshasa. Il apporte une légitimité interne et une narration puissante centrée sur l’émancipation. Pourtant, la route reste semée d’embûches. La candidate devra convaincre au-delà des frontières nationales, dans un espace francophone où les rivalités géopolitiques sont féroces. La mobilisation kinoise est un premier pas, mais elle ne garantit en rien le succès final. Elle place néanmoins la barre haute, en faisant de cette candidature une affaire d’État et un symbole des aspirations d’une nation à peser sur les destinées mondiales. Les prochains mois révéleront si cette stratégie de consolidation du front intérieur paie sur la scène internationale, où les jeux d’alliances et les considérations stratégiques l’emportent souvent sur les beaux discours d’inclusion.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
