Les dernières semaines ont vu se multiplier dans le Haut-Katanga des interpellations visant des figures locales, suscitant l’émoi de la société civile. Le professeur Francine Nkulu, ancien cadre de l’Engagement pour le Congo (ECO) et membre de l’Union Sacrée, ainsi que Raphaël Mututa, président honoraire de la Fondation Katangaise, ont été appréhendés dans des conditions que les organisations citoyennes qualifient d’« enlèvements ». Ce phénomène, loin d’être isolé, dessine une tendance inquiétante pour la stabilité de cette province riche en ressources mais fragile sur le plan politique.
Dans un communiqué rendu public lundi, le cadre de concertation de la société civile du Haut-Katanga, par la voix de Bertin Tshoz, responsable de la thématique sécuritaire, a exprimé sa plus ferme désapprobation. « La société civile du Haut-Katanga dénonce avec la plus grande fermeté l’enlèvement du professeur Francine Nkulu », peut-on lire dans le document. Cette arrestation, survenue à Lubumbashi peu après celle de Raphaël Mututa et d’autres notables, intervient dans un contexte particulier : Francine Nkulu avait annoncé sa démission de son parti politique début avril. Un timing qui interroge et alimente les spéculations sur d’éventuels règlements de comptes politiques.
Au-delà des cas individuels, c’est le climat général qui préoccupe. La répétition de ces interpellations dans le Haut-Katanga risque, selon la société civile, de saper les efforts de cohésion nationale et de vivre-ensemble. « Ce phénomène, qui se transforme en une véritable épidémie au Katanga, risque de mettre en péril le processus de paix », souligne le communiqué. Une métaphore forte qui traduit la crainte d’une contagion de l’arbitraire, capable d’éroder la confiance des citoyens envers les institutions. La paix au Katanga, fruit de laborieux dialogues, serait-elle sacrifiée sur l’autel de calculs politiciens à court terme ?
Les implications politiques de ces arrestations sont multiples. D’abord, elles signalent une possible instrumentalisation des forces de l’ordre à des fins de musellement d’opposants ou de voix dissidentes. Ensuite, elles fragilisent le tissu social en alimentant un sentiment d’insécurité juridique parmi les élites locales. Enfin, elles pourraient remettre en cause l’équilibre des pouvoirs dans la province, où les acteurs historiques jouent un rôle crucial dans la médiation des conflits. Le président provincial et les autorités nationales jouent gros avec cette stratégie, dont l’échec pourrait durablement compromettre la légitimité de l’État dans la région.
Bertin Tshoz ne s’est pas contenté de dénoncer ; il a aussi lancé un appel solennel aux institutions et aux leaders influents. « Où sont les églises, les sages, les députés et sénateurs pour appuyer la République dans ce processus de paix ? », s’interroge-t-il. Une question rhétorique qui met en lumière l’absence perçue des relais traditionnels de l’autorité et de la sagesse dans la résolution de cette crise. La société civile insiste sur la nécessité de privilégier des approches favorisant l’apaisement, le dialogue entre acteurs politiques et sociaux, et le respect scrupuleux des droits humains. « Un pays ne se construit pas pendant la guerre ni par des arrestations de notables pour des raisons d’opinion politique », rappelle le communiqué.
Les recommandations formulées vont dans le sens d’une consolidation de l’environnement propice à la paix et à la stabilité. La paix au Katanga ne saurait être un vain mot ; elle exige, selon la société civile du Haut-Katanga, des « dialogues fraternels et constructifs ». Cela passe par une implication accrue des institutions publiques, des leaders religieux et des représentants politiques. La stabilité, facteur essentiel au développement et à la cohésion nationale en République démocratique du Congo, ne peut être négociée au prix de libertés fondamentales.
En conclusion, les interpellations au Haut-Katanga, notamment celles de Francine Nkulu et de Raphaël Mututa, sont bien plus que des faits divers judiciaires. Elles constituent un test pour la démocratie congolaise et pour la capacité des autorités à gérer les différends sans recourir à la coercition. La société civile, vigilante, réaffirme son engagement pour la promotion de la paix, de la réconciliation et du respect des droits. Les prochains jours diront si les appels au dialogue seront entendus ou si, au contraire, la province s’engagera sur une pente glissante où la paix ne serait plus qu’un lointain souvenir. Dans un pays en quête de stabilité, chaque arrestation politique est un grain de sable dans les rouages de la confiance, et le Haut-Katanga ne peut se permettre de tels risques.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
