À Beni, chaque fumée qui s’échappe d’un foyer ou d’un restaurant raconte une même histoire, inquiétante et paradoxale : celle d’une dépendance collective à une ressource qui ronge son propre berceau. Le charbon de bois, ou « braise », reste le moteur énergétique indispensable de la vie quotidienne, une nécessité qui se paye au prix fort, tant pour le portefeuille des ménages que pour les forêts du Nord-Kivu. La situation a atteint un point de non-retour écologique, où chaque sac consommé scelle un peu plus le destin des écosystèmes environnants.
Sur les marchés de la ville, l’activité est frénétique. Les sacs de braise s’empilent, témoins silencieux d’une économie parallèle qui prospère sur le dos d’une forêt en détresse. Pour des milliers de familles et de petits commerces, cette énergie n’est pas un choix, mais une obligation vitale. Les alternatives, comme le gaz ou l’électricité, restent des mirages trop coûteux ou trop intermittents. La tradition culinaire, exigeante, s’est également construite autour de la braise, créant un lien presque viscéral dont il est difficile de se défaire.
L’addition salée pour les petits commerces
L’impact économique de cette dépendance est une épine dans le pied de la micro-entreprise. Prenons l’exemple des restaurants, grands consommateurs de cette ressource. Leur bilan énergétique est sans appel : un sac de charbon, désormais vendu autour de 135 000 francs congolais (environ 58 USD), part en fumée en un jour et demi à deux jours. Une facture exorbitante qui grève des budgets déjà serrés et condamne les tenanciers à une course sans fin pour simplement maintenir leurs fourneaux allumés. Comment des commerces peuvent-ils être viables lorsque leur combustible de base devient un luxe ? La question hante les ruelles commerçantes de Beni.
La forêt du Nord-Kivu paie le prix fort
Cette soif d’énergie a un visage, celui d’un couvert forestier qui recule à vue d’œil. La fabrication du charbon de bois à Beni et dans ses environs opère une pression constante et destructrice sur l’écosystème. Les collines autrefois vertes portent aujourd’hui les cicatrices de cette exploitation intensive. La déforestation dans le Nord-Kivu n’est plus une menace lointaine ; c’est une réalité palpable, une urgence silencieuse qui avance au rythme des haches et des fours à charbon. Cette disparition progressive n’affecte pas seulement la biodiversité ; elle compromet la régulation du climat local, accélère l’érosion des sols et tarit à petit feu les ressources en eau. La nature, asphyxiée par la demande urbaine, rend l’air de plus en plus rare.
Quelles sont les conséquences à long terme de cette équation insoluble ? Une ville ne peut indéfiniment puiser dans son capital naturel sans provoquer un effondrement. La pression sur l’environnement causée par la consommation de charbon crée un cercle vicieux : plus les forêts reculent, plus la ressource devient rare et chère, accentuant la précarité des populations qui en dépendent. L’impact environnemental du charbon de bois à Beni est une bombe à retardement sociale et écologique.
Face à ce constat alarmant, une question brûlante s’impose : jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que la dernière bûche soit transformée en cendre ? La recherche de solutions durables n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue pour briser ce cycle infernal. Il est urgent d’imaginer et de mettre en place des alternatives énergétiques accessibles, de sensibiliser aux techniques de carbonisation améliorée moins gourmandes en bois, et de soutenir la reforestation. L’enjeu dépasse la simple question du prix du charbon en RDC ; il engage la survie même des communautés et de leur environnement. L’heure n’est plus à l’observation, mais à l’action. La forêt congolaise, poumon vert de la région, ne peut plus attendre.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
