Comment assurer l’avenir des élèves quand les enseignants eux-mêmes luttent pour survivre ? C’est la question douloureuse qui se pose dans les territoires de Lomela et Kole, dans la province du Sankuru, où le système éducatif vacille sous le poids des salaires impayés des enseignants. Depuis plusieurs cycles, les retards de paiement sont devenus une routine angoissante, plongeant les pédagogues dans une précarité insoutenable et menaçant directement la continuité des apprentissages. Une situation qui met en lumière les dysfonctionnements chroniques qui frappent le secteur de l’éducation en République Démocratique du Congo.
Réunis en assemblée générale ce 11 avril, les représentants de l’intersyndicale Sankuru 1 ont tiré la sonnette d’alarme avec une vérité crue : les enseignants n’ont pas perçu leurs traitements pour les mois de février et mars 2026. Ce n’est malheureusement pas un incident isolé, mais le dernier épisode d’une série de retards de salaire qui érodent la motivation et la dignité de celles et ceux qui forment la jeunesse. Selon Lambert-Marcel Esema, secrétaire exécutif du Syndicat des enseignants du Congo (Syeco) Sankuru, cette précarité financière a des conséquences en cascade, bien au-delà des portes de la salle des profs.
« Les évaluations prévues au calendrier scolaire sont compromises, explique-t-il. Un enseignant qui doit se concentrer sur comment nourrir sa famille ne peut pas se consacrer sereinement à la préparation de ses cours ou à la correction des copies. » L’impact sur la qualité de l’enseignement est direct et préoccupant. Plusieurs enseignants, acculés, sont contraints de s’endetter auprès de commerçants locaux ou de recourir à des travaux informels pour subvenir aux besoins essentiels, une situation qui diminue leur temps et leur énergie disponibles pour leurs élèves.
Cette crise des salaires impayés des enseignants du Sankuru n’est-elle que le symptôme d’un malaise plus profond ? Elle interroge la priorité réelle accordée à l’éducation dans la province. Les retards répétés perturbent non seulement la vie des familles d’enseignants mais aussi la stabilité même des établissements scolaires. Comment maintenir l’autorité et la sérénité nécessaires à la transmission du savoir quand l’anxiété financière devient le quotidien ?
Face à cette impasse, l’intersyndicale Sankuru 1 a lancé un ultimatum clair au gouvernement. Elle exige la régularisation immédiate de la paie des deux mois d’arriérés. En cas d’échec, une sanction lourde se profile à l’horizon : le déclenchement d’une grève générale des enseignants au début du mois de mai 2026. La date butoir est fixée au 30 avril. Cette menace de grève des enseignants en RDC, si elle se concrétise, paralyserait les salles de classe de Lomela et Kole, laissant des milliers d’élèves sans encadrement.
La balle est donc dans le camp des autorités. Réagiront-elles à temps pour éviter une nouvelle rupture dans le parcours scolaire déjà fragile de nombreux enfants ? Le respect du calendrier de paiement est une question de justice sociale élémentaire pour les enseignants, mais c’est aussi un investissement crucial pour l’avenir de toute la province. Les retards de salaire des enseignants en RDC ne sont pas qu’un problème administratif ; ils constituent une menace directe contre le droit fondamental à l’éducation. La résolution de cette crise sera le vrai test de l’engagement des pouvoirs publics envers celles et ceux qui bâtissent, chaque jour, les fondations de la société de demain.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: mediacongo.net
