Dans un contexte où la tension politique semble atteindre un nouveau paroxysme en République démocratique du Congo, la sortie médiatique de Joseph Olenghankoy, président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), a jeté un pavé dans la mare des débats institutionnels. Décrivant un pays « pratiquement à l’arrêt », miné par des divisions et un enlisement préoccupant de ses institutions, Olenghankoy a pointé du doigt le rejet du dialogue politique inclusif comme principal responsable de cette paralysie. Pour lui, les énergies se dispersent dans des controverses stériles, notamment autour de la révision constitutionnelle RDC, au détriment des urgences sécuritaires, particulièrement la guerre à l’est. Cette lecture, présentée avec une gravité alarmiste, place-t-elle véritablement le doigt sur la plaie de la crise politique Kinshasa, ou participe-t-elle d’une narration commode ?
La réponse du Front anti-dialogue RDC est venue, cinglante et sans ambages, balayer cette analyse. L’organisation, farouchement attachée à la souveraineté populaire, a recadré le débat avec une vigueur qui en dit long sur la fracture au sein de la classe politique congolaise. Pour le Front, désigner les anti-dialogue comme boucs émissaires relève d’un « tour de passe-passe politique » visant à masquer l’essentiel. Le blocage national trouverait ses racines dans des maux bien plus profonds : une crise de gouvernance persistante, adossée à une Constitution jugée inadaptée, et une forme d’absence de l’État. Le véritable verrou, selon eux, ne serait pas le refus de dialoguer, mais la crainte de consulter le peuple par les voies démocratiques directes, comme le référendum.
Cette opposition frontale révèle une divergence fondamentale sur les remèdes à apporter à la crise congolaise. D’un côté, Joseph Olenghankoy et les partisans du dialogue y voient un impératif catégorique, une tradition politique à préserver pour maintenir une cohésion nationale fragile. De l’autre, le Front anti-dialogue dénonce un mécanisme perverti, un « théâtre » où se négocient des arrangements entre élites, au détriment de la volonté populaire et des institutions. La sacralisation du dialogue est perçue comme un instrument de contournement de la démocratie, reproduisant indéfiniment des schémas hérités d’épisodes exceptionnels, comme les grandes concertations, sans régler les problèmes structurels. N’assiste-t-on pas, in fine, à un conflit entre deux légitimités : celle, procédurale, du dialogue entre acteurs établis, et celle, populaire, de l’expression directe de la souveraineté ?
L’argument sécuritaire avancé par Olenghankoy – la nécessité de se recentrer sur la guerre à l’est – est également contesté de vive voix. Le Front anti-dialogue refuse que cette tragédie serve de prétexte pour museler le débat démocratique. Au contraire, il estime que les périodes de crise exigent une parole populaire plus forte, et non confisquée. Cette posture interroge la gestion des priorités nationales : peut-on véritablement dissocier la stabilité institutionnelle de la sécurité du territoire ? Pour le Front, la réponse est non, et toute tentative de le faire est une diversion. Cette analyse rejette la vision d’un dialogue politique Congo qui serait un préalable à toute action, y compris militaire, suggérant plutôt que la légitimité et l’efficacité de l’État dans sa lutte dépendent de la solidité de ses fondations constitutionnelles.
Les implications de cet affrontement verbale sont lourdes de conséquences pour l’avenir immédiat de la RDC. D’un point de vue stratégique, Joseph Olenghankoy joue gros en stigmatisant les opposants au dialogue. Si sa lecture n’est pas partagée par une partie significative de l’échiquier politique, elle risque de durcir les positions et d’enliser davantage le pays dans l’impasse qu’il dénonce. Son discours, perçu comme une tentative de diversion par ses détracteurs, pourrait en réalité cristalliser les oppositions et fragiliser les rares consensus existants. À l’inverse, la radicalité du Front anti-dialogue, en assumant une posture de dissidence, le place en force de proposition mais aussi de confrontation, avec le risque d’être marginalisé ou accusé d’obstruction.
La question de la révision constitutionnelle RDC se trouve au cœur de cette bataille narrative. Elle est présentée par les uns comme une source de clivage stérile, et par les autres comme la condition sine qua non de tout redressement. Ce débat masque-t-il une lutte plus profonde pour le contrôle de l’agenda politique et la définition des règles du jeu pour les prochaines échéances électorales ? La virulence des échanges laisse peu de place au doute : l’enjeu est de taille. Le président de la République et sa majorité parlementaire naviguent sur ce terrain miné avec une prudence de Sioux, conscients que toute initiative mal calibrée pourrait déclencher une crise institutionnelle majeure.
En conclusion, le clash entre Joseph Olenghankoy et le Front anti-dialogue est bien plus qu’une simple querelle byzantine. Il est le symptôme d’une crise de légitimité et de méthode qui traverse la République démocratique du Congo. Alors que le pays est engagé dans une guerre existentielle à ses frontières orientales, la classe politique semble incapable de trancher la question fondamentale : faut-il privilégier le consensus par le haut, quitte à estomper les aspirations populaires, ou prendre le risque d’un recours direct au souverain primaire, avec toutes les incertitudes que cela comporte ? Les prochains jours seront décisifs. La capacité des acteurs à dépasser ce face-à-face stérile et à imaginer une troisième voie – peut-être une forme de dialogue authentiquement inclusif couplé à une feuille de route claire sur les réformes institutionnelles – déterminera si la RDC parvient à sortir de la paralysie ou s’enfonce un peu plus dans l’immobilisme. La balle est désormais dans le camp des institutions, qui devront faire preuve d’une agilité politique rare pour éviter que ce duel rhétorique ne se transforme en impasse durable.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
