AccueilActualitéPolitiqueCouloir vert Kivu-Kinshasa : le Maniema exige sa reconnaissance légale

Couloir vert Kivu-Kinshasa : le Maniema exige sa reconnaissance légale

Alors que le Gouvernement de la République démocratique du Congo vient de lancer officiellement le « Couloir vert Kivu-Kinshasa », un programme environnemental ambitieux visant à relier l’Est du pays à la capitale, une omission stratégique dans le décret présidentiel suscite déjà des remous politiques. Le député national Amisi Patrick Lupya, élu de Kailo, monte au créneau pour exiger une révision du texte réglementaire, arguant que la province du Maniema, pourtant riche de ses forêts, en a été injustement exclue. Cette demande, formulée lors d’un échange à Kindu ce jeudi 9 avril, soulève une question fondamentale : le pilotage des grands projets environnementaux nationaux souffre-t-il d’une vision fragmentaire, au risque de sacrifier la cohérence écologique et l’équité territoriale ?

Le décret environnemental RDC, signé il y a quelques jours par la Première ministre Judith Suminwa, a pour objectif de structurer un corridor écologique majeur. Pourtant, la lecture attentive de l’acte révèle une absence : celle de la province du Maniema. Une négligence que l’élu local, Amisi Patrick Lupya, ne compte pas laisser passer. « Nous voulons que la province du Maniema soit partie intégrante légalement. Nous avons suffisamment de potentialités forestières pour faire partie de ce couloir », a-t-il déclaré, posant un acte politique qui dépasse la simple revendication locale. Cette position met en lumière les tensions entre la centralisation décisionnelle à Kinshasa et les réalités territoriales des provinces riches en ressources naturelles.

Le fond du débat réside dans l’immense potentiel que représentent les Maniema forêts. La province abrite en effet trois aires protégées Maniema et constitue, selon le parlementaire, « l’une des principales réserves forestières du pays ». Son intégration géographique au projet du Couloir vert Kivu-Kinshasa semble une évidence écologique. Mais en droit, l’évidence ne suffit pas. L’inquiétude des acteurs locaux, relayée par le député, est que sans mention explicite dans le décret, le Maniema resterait un simple voisin géographique, et non un partenaire à part entière. Cette situation créerait un paradoxe dangereux : une région contribuant de fait à la biodiversité du corridor se verrait privée des moyens légaux et financiers pour en gérer durablement les ressources.

Derrière la quête de « reconnaissance légale » se cache un enjeu bien plus concret : l’accès aux financements. Le statut de membre officiel du projet est la clé qui ouvre les portes des programmes d’appui technique et des fonds envisagés par le Gouvernement et ses partenaires internationaux. L’exclusion du décret plongerait ainsi la province dans une double peine : assumer la charge de la conservation sans bénéficier des retombées économiques promises. Amisi Patrick Lupya pointe ici une faille majeure dans la stratégie gouvernementale. En omettant d’inscrire le Maniema dans le texte, ne prend-on pas le risque de saper l’efficacité même du corridor, en créant une zone grise dans la continuité écologique et administrative ?

Cette affaire dépasse le simple ajustement réglementaire. Elle interroge la méthode de conception des politiques environnementales nationales. Le Couloir vert Kivu-Kinshasa peut-il réellement atteindre ses objectifs de connectivité écologique et de développement durable si une de ses pierres angulaires forestières est laissée dans l’ombre juridique ? La demande du député Lupya agit comme un révélateur des arbitrages parfois opaques qui entourent la gestion du capital naturel congolais. La réponse du Gouvernement à cette requête sera scrutée à la loupe, car elle en dira long sur sa volonté réelle d’associer toutes les parties prenantes ou, au contraire, de perpétuer une centralisation qui étouffe les initiatives locales.

La balle est désormais dans le camp de l’exécutif. La Première ministre Judith Suminwa devra-t-elle reconnaître un oubli et procéder à une révision, au risque de déstabiliser le calendrier du projet ? Ou bien maintiendra-t-elle le cap, au prix d’une crispation avec une province et son représentant ? Les prochains jours seront décisifs. L’intégration légale du Maniema dans le décret environnemental RDC n’est pas qu’une formalité ; c’est un test de crédibilité pour la gouvernance environnementale congolaise. La réussite du Couloir vert Kivu-Kinshasa, projet phare pour la conservation des forêts du bassin du Congo, en dépend peut-être plus qu’il n’y paraît. Le Maniema, avec ses vastes étendues boisées, attend. Et son attente est désormais une pression politique.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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