Dans un contexte économique mondial marqué par une volatilité accrue, la Banque centrale du Congo (BCC) vient de franchir une étape stratégique en entamant officiellement l’accumulation d’or d’origine artisanale. Cette initiative, révélée à l’issue d’une réunion du Comité de politique monétaire, représente bien plus qu’une simple opération d’achat ; elle constitue une refonte profonde de la gestion des réserves internationales du pays. En se tournant vers l’or artisanal RDC, la BCC cherche à bâtir un pilier solide pour sa crédibilité future.
Comment cette stratégie peut-elle transformer la politique monétaire Congo ? Selon le gouverneur André Wameso, cette décision s’inscrit dans une logique de diversification et de prudence. Les réserves internationales, traditionnellement dominées par les devises étrangères, sont exposées aux fluctuations des marchés financiers et aux politiques des grandes banques centrales. L’introduction d’or monétaire dans ce portefeuille agit comme une « ancre de stabilité », un actif tangible dont la valeur a traversé les siècles. Cette accumulation or banque centrale n’est donc pas un retour en arrière, mais une adaptation aux réalités du 21e siècle, où l’or redevient un instrument clé de souveraineté économique.
L’opérationnalisation de cette ambition repose sur un partenariat structuré avec DRC Gold Trading. Ce modèle est crucial : la BCC ne se substitue pas aux acteurs du marché mais s’appuie sur un intermédiaire spécialisé pour assurer l’interface avec les exploitants artisanaux. Cette approche vise à résoudre un paradoxe congolais historique : comment capter la richesse produite par l’or artisanal RDC, dont une part significative échappe au circuit formel, pour la transformer en levier de développement national ? Le rôle de DRC Gold est d’assurer la traçabilité, la certification et le respect des normes internationales, notamment celles de l’OCDE, pour éviter tout risque lié à l’« or de conflit ».
Les implications économiques sont multiples. Premièrement, cette politique devrait offrir un « coussin de sécurité » face aux chocs externes. En période de crise, l’or conserve généralement sa valeur et peut être mobilisé pour soutenir la monnaie nationale. Deuxièmement, elle permet de lutter contre les circuits informels en offrant une voie de formalisation et une valorisation juste aux producteurs artisanaux. André Wameso l’a souligné : l’impact sur les filières illicites pourrait être substantiel. Troisièmement, cette démarche renforce la crédibilité de la politique monétaire Congo en montrant une gestion proactive et diversifiée des actifs de la nation.
Cette initiative ne naît pas dans un vide politique. Elle est le fruit d’une volonté gouvernementale exprimée par le président Félix Tshisekedi, visant à mettre en place un mécanisme national de sécurisation des flux d’or. La réforme en cours, suivie de près par la Première ministre Judith Suminwa, cherche à combler les failles causées par la porosité des frontières et les écarts fiscaux avec les pays voisins. L’objectif final est clair : intégrer progressivement la production aurifère artisanale dans l’économie formelle pour accroître les recettes publiques et consolider les réserves or BCC.
À plus long terme, le succès de cette stratégie dépendra de sa capacité à créer un cercle vertueux. Une gestion transparente et efficace du partenariat avec DRC Gold Trading pourra attirer davantage de producteurs vers le circuit officiel, augmentant ainsi le volume d’or canalisé. Cette accumulation or banque centrale pourrait alors, à terme, permettre à la RDC de peser davantage sur le marché international de l’or et de sécuriser ses fondamentaux économiques. La transformation de pépites artisanales en lingots monétaires symbolise ainsi le passage d’une économie d’extraction informelle à une économie de résilience et de souveraineté financière.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
