La province du Sankuru se trouve une nouvelle fois dans l’attente. Initialement programmée pour le mardi 7 avril 2026, l’élection cruciale du Gouverneur et du Vice-gouverneur a été formellement reportée au mercredi 15 avril 2026. Ce nouveau délai, annoncé par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) dans un communiqué daté du 31 mars 2026, intervient à la suite de la suspension des opérations, un coup d’arrêt imputé à un manque criant de moyens financiers. Cette décision soulève des questions sur la fluidité du processus démocratique dans cette région et sur la capacité des institutions à respecter leurs propres échéances.
Dans son communiqué, la CENI a détaillé un nouveau calendrier électoral du Sankuru serré mais précis, censé mener à la désignation des nouveaux chefs de l’exécutif provincial. L’agenda démarre par les phases d’accréditation des témoins, observateurs et journalistes du 1er au 8 avril au Secrétariat Exécutif Provincial de Lusambo. La campagne électorale, elle, sera concentrée sur une fenêtre de trois jours, du 11 au 13 avril. Le scrutin lui-même, réservé aux députés provinciaux, est fixé au 15 avril, avec une publication immédiate des résultats provisoires. La période du 17 au 24 avril est consacrée au dépôt des recours devant la Cour d’appel du Sankuru, siégeant comme Cour administrative d’appel, une étape cruciale de contentieux électoral en RDC. Le traitement de ces litiges s’étendra jusqu’au 1er mai, pour une proclamation des résultats définitifs prévue le 4 mai et une transmission des dossiers au Chef de l’État pour investiture le 7 mai.
Parallèlement à ce nouveau timing, la CENI a rendu publique la liste définitive des candidats au poste de gouverneur du Sankuru. Sur les onze candidatures initiales, une a été invalidée à l’issue de l’examen des contentieux par la Cour d’appel, portant le nombre final de prétendants à dix. Cette liste, comme la précédente, reste marquée par une très faible représentation féminine, relançant le débat récurrent sur la parité dans les instances de décision provinciales. Qui sont ces candidats qui aspirent à piloter la destinée du Sankuru, et quels projets portent-ils pour une province aux défis multiples ?
Ce report de l’élection par la CENI ne surgit pas dans un vide politique. Il s’inscrit dans une séquence juridique et administrative complexe. La tenue de ce scrutin fait suite à une sollicitation formelle du Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, adressée au président de la CENI, Denis Kadima. Le ministre agissait sur instruction de la haute hiérarchie, en application de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 24 octobre 2025. Cet arrêt avait validé la déchéance du gouverneur sortant, prononcée par l’Assemblée provinciale en mai 2025, créant ainsi une vacance à la tête de l’exécutif. En invoquant l’article 198 de la Constitution et la loi électorale, le gouvernement a ainsi enclenché la machine pour une élection par les députés provinciaux, demandant à la CENI d’agir dans les meilleurs délais.
Pourtant, le chemin vers les urnes est semé d’embûches. L’argument du manque de moyens financiers, avancé pour justifier ce report, interroge sur la planification et le financement des processus électoraux en RDC. Comment une institution comme la CENI peut-elle se trouver paralysée à quelques jours d’un scrutin provincial aussi important ? Ce contretemps affecte-t-il la crédibilité de l’ensemble de la chaîne électorale ? Les acteurs politiques et la société civile du Sankuru observent désormais avec une attention accrue le respect de ce nouveau calendrier.
L’enjeu dépasse la simple élection d’un gouverneur. Il touche à la stabilité institutionnelle de la province, à la confiance des citoyens dans le processus démocratique et à la capacité de l’État à organiser des élections crédibles et apaisées en dehors des cycles nationaux. Les semaines à venir, marquées par une campagne express et une période de recours potentiellement houleuse, seront déterminantes. La communauté nationale et les partenaires internationaux auront les yeux rivés sur Lusambo, attendant de voir si cette élection du gouverneur du Sankuru saura se dérouler dans la transparence et la sérénité promises, ou si elle ajoutera un nouveau chapitre aux défis de la gouvernance et de la décentralisation en République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
