AccueilActualitéSociétéKinshasa : Le marché Selembao étouffe sous les fuites d'eau et la...

Kinshasa : Le marché Selembao étouffe sous les fuites d’eau et la taxation illicite

Le cœur commercial de Bumbu bat au ralenti, étouffé par un cocktail toxique d’insalubrité et d’abandon. Au marché Selembao, le spectacle est désolant : des allées transformées en marécages nauséabonds, des étalages noyés sous des monticules d’ordures, et un silence lourd qui a remplacé l’effervescence commerciale d’antan. « Avant, ici, c’était la vie. Maintenant, c’est la survie », lâche, résigné, un vendeur de légumes dont la marchandise se perd dans la boue. Ce poumon économique de la commune est-il en train de rendre son dernier souffle, sacrifié sur l’autel de la négligence et de pratiques douteuses ?

La dégradation frappe d’abord par son caractère sensoriel. L’odeur âcre des eaux stagnantes se mêle à celle des déchets en décomposition, créant une atmosphère irrespirable. Sous les pieds des rares clients qui osent encore s’aventurer, le sol est une glaise gluante, résultat direct des fuites d’eau permanentes de la REGIDESO. Les tuyaux vétustes du réseau de distribution, fragilisés par des années sans entretien, ont cédé à plusieurs endroits. L’eau, paradoxalement devenue un fléau, s’échappe et stagne, créant des mares insalubres qui transforment le marché Selembao en un véritable bourbier. « Quand l’eau est finalement revenue après des années de disette, c’est la joie qui a tourné au cauchemar. Les vieilles conduites ont explosé sous la pression. Aujourd’hui, on vend les pieds dans l’eau sale », témoigne une commerçante, le regard empreint de lassitude.

Cette insalubrité galopante n’est pourtant pas une fatalité. Elle est le fruit d’un système à bout de souffle et dévoyé. Le traditionnel « Salongo », ce travail communautaire du samedi censé assurer l’assainissement des quartiers et des marchés, n’est plus qu’un lointain souvenir ou, pire, une opportunité de racket. Plusieurs vendeurs, sous couvert d’anonymat, dénoncent des pratiques de taxation illicite. « Des agents en uniforme passent le samedi matin. Ils ne demandent plus la brosse ou la pelle, mais directement 500 ou 1000 francs. C’est la taxe Salongo. Si tu paies, tu peux vendre tranquille, même au milieu des immondices », confie un jeune vendeur de vêtements. Ainsi, le principe de solidarité pour l’assainissement communautaire a été détourné en une contribution forcée qui n’assainit rien du tout, sinon les poches de certains. Cette dérive a un nom : le Salongo taxation illicite qui mine la confiance et entretient la saleté.

Les conséquences de cette déliquescence sont économiquement désastreuses. La clientèle, effrayée par les conditions d’accès et d’hygiène, déserté massivement le marché Selembao. Les chiffres d’affaires s’effondrent, plongeant des centaines de familles qui dépendent de ce commerce à Bumbu dans une précarité extrême. « Les gens préfèrent aller plus loin, dans d’autres marchés, même si c’est plus cher. Ici, ils ont peur de glisser, de se salir, ou de tomber malade. Notre gagne-pain est en train de pourrir avec les ordures », s’alarme une mère de famille tenant une échoppe de condiments. La crise est donc totale : environnementale, sanitaire, et désormais économique. Que reste-t-il de la vitalité d’un marché qui était autrefois un carrefour incontournable ?

Face à cette agonie programmée, les appels à l’aide des commerçants et riverains montent vers les autorités urbaines et provinciales. Leurs demandes sont précises et pressantes : une intervention d’urgence de la REGIDESO pour colmater les fuites et moderniser le réseau, la mise en place d’un service régulier et efficace de ramassage des déchets, et la fin des pratiques de taxation abusive au nom du Salongo. L’enjeu dépasse la simple propreté. Il touche à la sécurité alimentaire, à la santé publique, et à la survie économique d’un quartier populaire de Kinshasa. La réhabilitation du marché Selembao n’est pas un projet de confort, mais une urgence sociale. L’assainissement du marché est la condition sine qua non pour redonner vie à ce lieu et espoir à ses acteurs. Combien de temps encore faudra-t-il attendre avant que les pouvoirs publics n’entendent ce cri de détresse qui monte des allées boueuses de Selembao ? La crédibilité de la gestion urbaine se joue aussi dans ces espaces du quotidien, où l’abandon peut vite signifier l’asphyxie d’une communauté tout entière.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 29 Mars 2026

Instabilité politique, offensives sécuritaires à l’Est, réforme de la gestion publique et signaux forts pour l’investissement : ce samedi, l’essentiel de l’actu congoquine révèle un pouvoir à la croisée des chemins, contraint de réagir sur tous les fronts, entre espoirs, tensions et urgence humanitaire.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques