AccueilActualitéSociétéAccident minier à Rubaya : neuf morts dans l'effondrement de puits de...

Accident minier à Rubaya : neuf morts dans l’effondrement de puits de coltan

« Je les ai entendus crier avant que la terre n’engloutisse tout. » La voix de Jean-Baptiste, un creuseur survivant, tremble encore en évoquant l’horreur vécue ce vendredi 28 mars sur le site de Gasasa, à Rubaya. Comme chaque jour, des dizaines d’hommes sont descendus au péril de leur vie dans les entrailles de la terre, à la recherche du précieux coltan. Mais ce matin-là, le sous-sol a trahi leur espoir. Un nouvel accident minier à Rubaya vient de plonger une communauté entière dans le deuil, révélant une fois de plus l’extrême précarité des conditions d’exploitation artisanale dans le Nord-Kivu.

Selon les informations recueillies auprès de sources locales, c’est vers 10 heures du matin que deux puits d’extraction se sont brusquement effondrés sur eux-mêmes. Au moment du drame, une vingtaine de creuseurs artisanaux s’activaient dans les galeries souterraines, cherchant à extraire le minerai tant convoité. Le bilan, encore provisoire, est lourd : neuf vies fauchées et douze blessés, dont certains grièvement atteints, transportés dans des structures de santé locales débordées. Combien de temps faudra-t-il attendre avant que la sécurité minière en RDC ne devienne une priorité absolue ?

Les opérations de sauvetage se sont rapidement transformées en course contre la montre, entravées par des obstacles récurrents dans la région. La fragilité du terrain, la profondeur des puits et surtout l’absence criante d’équipements adaptés ont compliqué l’intervention des équipes de secours et des autres creuseurs venus prêter main-forte. Cette tragédie Rubaya Masisi s’inscrit malheureusement dans une longue liste noire, mettant en lumière les risques mortels que prennent quotidiennement des milliers de Congolais pour survivre.

Le contexte sécuritaire complexe de la zone aggrave une situation déjà critique. Le site minier de Rubaya, l’un des bassins de production de coltan les plus importants de l’Est, se trouve actuellement sous le contrôle du groupe armé M23. Dans ces zones d’instabilité, l’exploitation se poursuit souvent dans un vide réglementaire total, sans le moindre encadrement technique ou normes de sécurité. Les puits sont creusés de manière rudimentaire, avec des moyens dérisoires, exposant les travailleurs à des éboulements fréquents. Ces creuseurs artisanaux du Nord-Kivu paient-ils le prix ultime de notre indifférence collective ?

« Ce n’est pas la première fois, et malheureusement, ce ne sera pas la dernière », déplore un membre de la société civile de Masisi, sous couvert d’anonymat par crainte de représailles. Ces dernières semaines, plusieurs incidents similaires ont été signalés dans la région de Rubaya et ses environs, faisant chaque fois des victimes dont le nombre exact reste souvent inconnu. L’accès limité aux zones minières sous contrôle de groupes armés et la peur des répressions étouffent fréquemment l’ampleur réelle de ces drames.

La reprise des activités minières après des mouvements de troupes dans les territoires de Walikale et Masisi a entraîné un afflux massif de creuseurs sur des sites géologiquement instables. La pression économique, la pauvreté endémique et l’espoir d’une vie meilleure poussent ces hommes à braver tous les dangers. Pourtant, la richesse colossale extraite de ce sous-sol ne se traduit presque jamais par une amélioration de leurs conditions de vie ou de travail. L’effondrement de puits de coltan est-il une fatalité, ou le symptôme d’un système qui sacrifie des vies humaines sur l’autel du profit ?

Face à la répétition de ces tragédies, des voix s’élèvent pour exiger des changements radicaux. Des acteurs de la société civile et des défenseurs des droits humains appellent à un renforcement urgent des mesures de sécurité et à une régulation effective du secteur minier artisanal. Leur plaidoyer est clair : il faut un encadrement strict des activités, même et surtout dans les zones sous contrôle de groupes armés, pour protéger les travailleurs et prévenir de nouveaux drames. La mise en place de comités de surveillance communautaires et l’accès à des équipements de protection minimaux constitueraient des premiers pas concrets.

À Rubaya, tandis que les familles endeuillées enterrent leurs morts dans la douleur, une question lancinante persiste : combien de vies faudra-t-il encore sacrifier avant que la lumière ne soit faite sur les conditions d’exploitation dans ces mines ? La richesse du sous-sol congolais, source de convoitises internationales, contraste de manière criante avec la misère et l’insécurité dans laquelle vivent ceux qui l’extraient. Ce nouvel accident minier à Rubaya doit servir de signal d’alarme ultime. La protection des creuseurs artisanaux, ces invisibles de l’économie minière, n’est pas une option, mais une obligation humaine et morale. Leur sécurité et leur dignité méritent bien plus qu’un simple constat d’échec après chaque effondrement.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 28 Mars 2026

L’Assemblée nationale lance la transparence avec une nouvelle loi sur l’accès à l’information. 200 millions de dollars alloués pour le recensement attendu depuis 40 ans. Le secteur du cobalt se transforme avec un protocole international. Tshisekedi recadre les provinces lors de la Conférence des gouverneurs. Tragédie minière à Rubaya, neuf morts. Modernisation urbaine à Kinshasa et mobilisation pour le leadership féminin complètent ce panorama essentiel du 28 mars 2026.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques