La route reliant Masisi centre à Goma, artère économique cruciale du Nord-Kivu, est aujourd’hui muette, étranglée par la furie des éléments. Depuis la matinée de ce mercredi 25 mars, le trafic est suspendu, victime de glissements de terrain meurtriers survenus à Lushebere et Katale. Une fois de plus, les intempéries qui s’abattent sur cette région montagneuse ont eu raison de la fragile ossature routière, isolant des communautés et menaçant la sécurité alimentaire de toute une zone. Comment une telle paralysie a-t-elle pu s’installer aussi rapidement ?
Dans la nuit de mardi à mercredi, des pluies diluviennes se sont déchaînées sur le territoire de Masisi, déclenchant des éboulements spectaculaires. D’importantes quantités de boue et de terre ont dévalé les pentes, venant obstruer la voie comme pour signifier l’urgence écologique et infrastructurelle. À Katale, des camions transportant des marchandises vers Goma sont désormais prisonniers de la boue. À Lushebere, des motos et leurs passagers, partis pour la ville, sont cloués sur place. Le paysage est celui d’une paralysie généralisée, où le trafic suspendu dans le Nord-Kivu devient le symptôme d’une vulnérabilité chronique.
Les taximen motos, véritables colonnes vertébrales du transport local, sont les premiers impactés. Amani Bitaha Lucien, porte-parole des taximen motos voyageurs de l’axe Goma–Masisi–Walikale, ne cache pas son inquiétude : “Cette paralysie perturbe fortement nos activités et nos programmes. Nous sommes à l’arrêt, dans l’attente d’une solution.” Son témoignage reflète le désarroi de centaines de conducteurs dont la survie économique dépend de cette route. Les éboulements sur la route de Masisi ne sont pas qu’un accident de parcours ; ils sont le révélateur d’un système à bout de souffle.
Mais les conséquences vont bien au-delà du secteur transport. L’axe Masisi-Goma est une ligne de vie pour l’approvisionnement en produits de première nécessité. Avec la circulation coupée, comment les marchés de Goma vont-ils être ravitaillés ? Les retards dans l’acheminement des denrées risquent de provoquer une flambée des prix, frappant de plein fouet des populations déjà vulnérables. L’approvisionnement de Goma est bloqué, et avec lui, une partie de l’économie régionale. Une question se pose : jusqu’où cette crise va-t-elle ébranler la résilience des ménages ?
Les glissements de terrain à Masisi et Goma ne sont malheureusement pas un phénomène isolé. Ils s’inscrivent dans une réalité plus large : celle d’une région aux sols fragilisés, où la déforestation et l’érosion accélèrent la vulnérabilité face aux pluies. Chaque intempérie devient une épreuve pour des infrastructures routières précaires, souvent construites sans tenir compte des risques géologiques. La nature, maltraitée, rappelle ainsi sa puissance destructrice. Les intempéries à Masisi sont-elles devenues une sentence inévitable ?
Face à l’urgence, des dispositions sont en cours pour dégager la route. Des travaux d’évacuation des terres devraient être lancés dans les prochaines heures, selon le porte-parole des taximen. Mais combien de temps faudra-t-il pour rétablir la circulation ? Et jusqu’à quand ces solutions palliatives suffiront-elles ? Les usagers, contraints de patienter, savent que la prochaine pluie pourrait tout remettre en cause. Le trafic suspendu sur l’axe Masisi-Goma est un avertissement sans équivoque.
Cette situation met en lumière l’impérieuse nécessité d’investir dans des infrastructures résilientes. Le trafic suspendu dans le Nord-Kivu à cause des éboulements est un signal d’alarme criant. Il faut des routes mieux construites, une gestion des bassins versants, une politique de prévention des risques. Sans cela, les populations du Masisi et de Goma resteront à la merci des caprices du climat. L’approvisionnement de Goma bloqué par les glissements de terrain doit servir de électrochoc.
En attendant, la route reste coupée, symbole d’une nature en détresse et d’un développement à repenser. Les intempéries à Masisi ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques et environnementaux. Il est temps d’écouter le message porté par ces glissements de terrain : protéger les sols, c’est protéger les vies et l’économie. L’urgence est là, sous nos yeux, enfouie sous la boue de Lushebere et Katale. La route de la résilience commence par un réveil collectif face à l’urgence écologique.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
