La République Démocratique du Congo, ce géant aux terres fertiles capable de nourrir un continent, se retrouve paradoxalement à genoux. Jeudi 16 avril, un signal d’alarme a retenti à Kinshasa. Face à une dépendance alimentaire qui étrangle le pays, des dizaines d’activistes venus de toutes les provinces ont lancé d’une seule voix une Alliance nationale pour l’agroécologie et la souveraineté alimentaire. Une initiative de la société civile environnementale qui pourrait bien être le premier souffle d’une révolution verte congolaise.
L’image est frappante : un pays solution pour le climat mondial, grâce à ses forêts du bassin du Congo, mais incapable d’assurer le pain quotidien de ses propres enfants. Josué Aruna, directeur pays de l’ONG Congo Basin Conservation Society (CBCS), porte-parole de cette nouvelle alliance, ne mâche pas ses mots. « Il est aberrant de constater que la RDC peine encore à assurer l’alimentation de sa population », déplore-t-il. Le diagnostic est sans appel : le modèle actuel est une impasse. L’alliance agroécologie RDC naît donc de cette urgence, avec une mission claire : opérer un virage radical vers la souveraineté alimentaire Congo.
Mais sur quels piliers repose cet ambitieux projet ? Loin des slogans creux, l’alliance pose des fondations concrètes. Premièrement, la promotion agressive de la production locale biodiversité. Il s’agit de tourner le dos aux importations massives qui appauvrissent le pays et d’encourager les semences traditionnelles, adaptées au terroir et résilientes. Deuxièmement, la préservation de l’écosystème du bassin du Congo conservation n’est plus une option, mais la condition sine qua non de toute agriculture durable. L’agroécologie, en harmonie avec la forêt, devient l’outil principal pour protéger ce poumon de la planète tout en y cultivant la nourriture.
« Il n’y a pas de souveraineté alimentaire sans agroécologie », martèle Josué Aruna. Pour lui, il est temps d’incarner « la revanche du sol sur le sous-sol ». Une formule choc qui résume tout l’enjeu : valoriser la richesse de la terre arable plutôt que de ne voir que les minerais. Cette vision implique un changement culturel profond. L’alliance veut réhabiliter les habitudes alimentaires ancestrales, ces trésors de savoir-faire menacés par l’uniformisation des assiettes. Les autorités traditionnelles, gardiennes de ces coutumes, sont ainsi appelées à jouer un rôle clé pour sensibiliser les populations à produire et consommer localement.
Le défi est de taille. Comment transformer un pays aussi vaste ? L’alliance agroécologie RDC mise sur la force du réseau et l’organisation à l’échelle nationale. En rassemblant des acteurs de tous les horizons, elle veut renforcer les capacités des communautés, notamment les peuples autochtones, premiers défenseurs de la forêt. L’objectif est de créer une dynamique irréversible, un mouvement citoyen qui poussera les décideurs à agir. Car, comme le rappellent les membres de l’alliance, le succès nécessite un « accompagnement politique, technique et financier » sans faille de la part de l’État.
La société civile environnement montre ainsi la voie. Elle refuse de voir la RDC, ce grenier potentiel de l’Afrique, continuer à dépendre des caprices des marchés internationaux pour se nourrir. Chaque importation est un aveu d’échec et une fragilité stratégique. En cette période d’incertitudes climatiques et géopolitiques, garantir l’autonomie alimentaire n’est pas un simple projet de développement, mais une question de sécurité nationale.
L’alliance qui vient de naître à Kinshasa est bien plus qu’une nouvelle coalition. C’est un manifeste pour l’indépendance réelle. C’est la conviction que les solutions sont dans les savoirs locaux et dans le respect des équilibres naturels. Le bassin du Congo, cet écosystème vital, peut et doit être le berceau d’une nouvelle forme de prospérité, où l’homme ne vit plus au détriment de la forêt, mais en symbiose avec elle. Le compte à rebours est lancé. La RDC saisira-t-elle cette chance historique de devenir, enfin, un véritable pays solution pour elle-même avant de l’être pour le monde ?
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
