La province du Sankuru se trouve une nouvelle fois au cœur d’une polémique électorale. Dans une interview retentissante, le leader politique Emery Okundji a fustigé l’incapacité déclarée de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) à organiser l’élection des gouverneurs pour un budget de 155 610 dollars américains. Ce constat d’échec, selon lui, ne serait que la partie émergée d’un abandon systémique de la province par le pouvoir central. Mais comment une institution aussi cruciale que la CENI peut-elle justifier un tel blocage pour un montant présenté comme modique ?
Pour Emery Okundji, cette annonce de la CENI dépasse la simple question budgétaire. Elle symbolise, à ses yeux, « l’opprobre jeté à toute la République démocratique du Congo ». Il avance plusieurs hypothèses pour expliquer cette situation : une mauvaise foi évidente, un manque de volonté politique pour sortir la province de l’impasse, et surtout, une intention manifeste de maintenir le Sankuru « au bas de l’échelle de toutes les provinces ». Ce discours alarmant soulève des interrogations fondamentales sur l’équité du processus de décentralisation et la réelle volonté de Kinshasa concernant le développement des provinces périphériques.
Le leader politique n’y va pas par quatre chemins en qualifiant le Sankuru de « province totalement abandonnée par le pouvoir en place ». Pour étayer son propos, il dresse un inventaire accablant de projets d’infrastructures cruciales, tous en suspens. La construction de la route Bena-Dibele–Lodja, essentielle pour désenclaver la région, semble figée dans le temps. Le port de Bena-Dibele et l’aéroport de Lodja, piliers potentiels du développement économique et du désenclavement, restent à l’état de promesses. Les axes Lubefu–Lusambo et Katako–Lumumba-ville, vitaux pour la circulation des personnes et des biens, sont également pointés du doigt. Cet immobilisme contraste cruellement avec les besoins pressants de la population.
Parmi ces projets, le Programme de Développement Local (PDL) 145T fait l’objet d’une critique particulièrement acerbe, qualifié par Okundji de « véritable escroquerie d’État ». Cette condamnation sans appel interroge sur la gestion et la finalité des fonds alloués au développement provincial. « Pour être sincère, aucune réforme initiée par ce gouvernement n’est palpable, sérieuse ni finalisée afin de booster le développement dans notre province », assène-t-il, résumant un sentiment de désillusion profond. Cette déclaration met en lumière le fossé entre les annonces politiques et les réalisations concrètes sur le terrain, un enjeu majeur pour la crédibilité des institutions.
Face à ce sombre tableau, une question se pose : l’incapacité de la CENI à financer les élections provinciales est-elle le symptôme d’une marginalisation plus large ? La tenue d’élections libres et crédibles pour désigner les gouverneurs et vice-gouverneurs est pourtant une étape clé de la gouvernance locale. Le blocage de ce processus prive la province d’une légitimité démocratique essentielle pour porter ses revendications et piloter son propre développement. Les élections provinciales en RDC, et particulièrement au Sankuru, apparaissent ainsi comme un test de la volonté démocratique nationale.
Néanmoins, Emery Okundji prend soin de préciser que ses critiques ne visent pas des personnes, mais bien « le système politique » dans son ensemble. Il dénonce un mécanisme qui, selon son analyse, condamne le Sankuru à un « abandon total ». Cette distinction est importante : elle replace le débat non pas sur le plan personnel, mais sur celui des structures et des politiques publiques. Le problème, selon cette lecture, est systémique et nécessite une réponse globale et courageuse.
Cette situation place la CENI dans une position délicate. Son rôle de garant du processus démocratique est directement mis en cause. L’organe électoral saura-t-il trouver les ressources, tant financières que logistiques, pour honorer son mandat envers la province du Sankuru et organiser dans des délais raisonnables les scrutins locaux attendus ? La réponse à cette question sera scrutée à la fois par la population locale et par les observateurs nationaux de la vie politique congolaise. L’enjeu dépasse largement la simple question des 155 610 dollars ; il touche à la crédibilité de la décentralisation et à l’égalité de traitement entre les provinces de la République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
