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Kabila s’invite dans le débat constitutionnel : l’ombre du troisième mandat de Tshisekedi plane sur la RDC

La scène politique congolaise est secouée par un double mouvement tectonique. D’un côté, l’ancien président Joseph Kabila, sortant d’un long mutisme par la voie d’un média belge, lance un appel explicite au renversement du pouvoir en place. De l’autre, les rumeurs persistantes d’une révision constitutionnelle en RDC pour permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat cristallisent les tensions et unissent l’opposition. Cette convergence d’événements dessine les contours d’une crise politique Congo d’une rare intensité, où la loi fondamentale devient l’enjeu d’une bataille décisive pour l’âme de la nation.

L’interview de Joseph Kabila à La Libre Belgique a fait l’effet d’une grenade dégoupillée dans le pré carré médiatique de Kinshasa. L’ancien chef de l’État, rompant un silence stratégique, y dresse un réquisitoire sans concession contre l’actuel régime, qu’il qualifie sans ambages de « tyrannie ». Sa stratégie est claire : invoquer l’article 64 de la Constitution, qui consacre le droit et le devoir de tout citoyen de « désobéir » et de « s’opposer à tout individu ou groupe d’individus qui prendraient le pouvoir par la force ou l’exerceraient en violation des dispositions de la présente Constitution ». Peut-on sérieusement prêter une légitimité démocratique à cet appel à la mobilisation populaire, venant d’un homme dont l’arrivée au pouvoir lui-même fut entachée d’opacité et dont le bilan de deux décennies de règne reste l’objet de vives controverses ?

La sortie de l’ancien président, habilement calibrée, cherche-t-elle à capitaliser sur les fractures actuelles pour se poser en rempart contre un éventuel verrouillage du pouvoir ? Elle intervient en tout cas dans un contexte où le débat sur la révision de la loi fondamentale agite les couloirs du Palais de la Nation et de l’Assemblée nationale. L’idée d’une modification constitutionnelle pour permettre à Félix Tshisekedi de se représenter en 2028, soit un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, est-elle en marche, portée par une majorité présidentielle jugée de plus en plus audacieuse ? Les observateurs notent que le président joue gros avec cette hypothétique réforme, dont l’échec ou la contestation violente pourrait fragiliser durablement sa légitimité et raviver les braises d’une instabilité chronique.

Face à cette perspective, l’opposition congolaise se structure et monte au créneau avec une voix singulièrement forte : celle du Dr Denis Mukwege. Le Prix Nobel de la Paix 2018, dans une déclaration cinglante, a exhorté le chef de l’État à « ne pas suivre les sirènes du changement constitutionnel ». Pour Mukwege, toucher à la Constitution dans le climat actuel de défiance et de crise socio-économique constituerait une « erreur historique » aux conséquences imprévisibles. Son avertissement est sans équivoque : il met en garde contre les « tambourinaires » entourant le président, des acteurs mus par l’intérêt personnel et capables, selon ses termes, de « poignarder » celui qu’ils sont censés servir. La voix de Denis Mukwege résonne au-delà des cercles militants ; elle incarne une conscience morale et un attachement au pacte républicain qui trouve un écho certain dans une population lassée des manœuvres politiciennes.

Cette double pression – l’offensive verbale de l’ancien régime et la résistance ferme de la société civile et de l’opposition – place Félix Tshisekedi dans une position délicate. Doit-il poursuivre sur la voie d’une révision constitutionnelle qui, si elle aboutissait, le ferait entrer dans le club très décrié des présidents aspirant à la longévité au pouvoir ? Ou doit-il écouter les mises en garde et faire de la stabilité institutionnelle et du respect de l’alternance son principal legs politique ? La démission récente de Modeste Bahati de la présidence du Sénat, interprétée par certains comme le signe d’une crise politique interne à la majorité, ajoute une couche de complexité à ce tableau déjà sombre.

Le spectre d’un troisième mandat, brandi par certains soutiens du pouvoir, agit comme un puissant révélateur des failles du système politique congolais. Il ravive les mémoires des conflits passés et les craintes d’un enlisement autoritaire. Dans ce duel à distance entre Kabila et Tshisekedi, entre partisans et opposants d’une révision, c’est finalement l’avenir démocratique de la RDC qui se joue. La classe politique parviendra-t-elle à dépasser les intérêts particuliers et les calculs de court terme pour préserver le cadre constitutionnel, ce « dernier rempart contre l’arbitraire » ? La réponse à cette question déterminera si le Congo peut enfin tourner la page des crises cycliques et entamer une ère de gouvernance apaisée et respectueuse des limites du mandat électif. La suite des événements, notamment la capacité de la société civile et de l’opposition à former un front uni, sera déterminante dans les prochains mois.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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