Le processus électoral pour doter la province du Sankuru d’un nouveau gouverneur et d’un vice-gouverneur est de nouveau plongé dans l’incertitude. La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a officiellement indiqué, ce vendredi 20 mars 2026, qu’elle n’était plus en mesure de respecter le calendrier réaménagé qui fixait le scrutin au 7 avril prochain. Cette décision, prise en assemblée plénière, met en lumière les défis financiers persistants qui entravent l’organisation des élections provinciales en République Démocratique du Congo.
La centrale électorale, par la voix de son rapporteur adjoint Paul Muhindo, a invoqué des contraintes financières insurmontables pour justifier cette nouvelle paralysie. Dans son communiqué, elle précise que la poursuite des activités opérationnelles liées à cette élection est désormais conditionnée à la mise à disposition des ressources nécessaires. Cette annonce intervient alors que plusieurs étapes clés du processus avaient déjà été engagées, créant une situation de blocage institutionnel pour la province du Sankuru.
Cette situation pose une question fondamentale : comment garantir la stabilité politique des provinces lorsque les processus de renouvellement des exécutifs sont régulièrement suspendus ? La CENI elle-même rappelle que, conformément à l’article 166 de la Loi électorale, elle est tenue d’organiser le scrutin dans les quinze jours suivant la publication de la liste définitive des candidats, prévue pour le 23 mars 2026. Or, sans moyens financiers, cette obligation légale devient impossible à remplir, plongeant le calendrier électoral Sankuru dans le flou le plus total.
Le processus avait pourtant semblé retrouver un semblant de normalité après une première reprogrammation. Une liste provisoire de onze candidatures avait été publiée le 4 mars dernier, étape suivie de la période de dépôt des recours devant la Cour d’appel du Sankuru. L’ensemble du calendrier électoral était minutieusement planifié, incluant l’accréditation des observateurs, la campagne électorale du 3 au 5 avril, et l’élection proprement dite par les députés provinciaux. La publication des résultats définitifs était même fixée au 24 avril 2026. Toute cette feuille de route est aujourd’hui caduque.
Ce report intervient dans un contexte particulier, marqué par la vacance de l’exécutif provincial du Sankuru. En octobre 2025, la Cour constitutionnelle avait validé la déchéance du gouverneur prononcée par l’Assemblée provinciale, créant ainsi un vide à la tête de la province. Suite à cette décision, le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, avait officiellement saisi la CENI pour demander l’organisation « dans les meilleurs délais possibles » d’un nouveau scrutin, comme le prévoient la Constitution et la loi électorale. La réponse de la CENI, quelques mois plus tard, est un constat d’impuissance budgétaire.
Le problème du financement des élections provinciales en RDC n’est malheureusement pas nouveau. Il interroge sur la pérennité et l’indépendance des institutions en charge du processus démocratique. Si les élections nationales mobilisent souvent l’attention et les ressources, les scrutins provinciaux semblent régulièrement relégués au second plan, malgré leur importance cruciale pour la gouvernance locale et la décentralisation. Cette situation risque de saper la confiance des citoyens et des acteurs politiques dans le processus électoral.
Quelles seront les conséquences de ce nouveau report pour la province du Sankuru ? La gestion des affaires courantes est assurée par l’administration en place, mais l’absence d’un exécutif politique légitime, élu par les représentants du peuple, constitue un frein au développement et à la prise de décision stratégique. Les députés provinciaux, qui devaient être les grands électeurs, se retrouvent dans l’expectative, tout comme les candidats qui avaient investi temps et ressources dans cette campagne.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement central et des bailleurs de fonds. La CENI a clairement indiqué que la reprise du processus était « tributaire de la mise à disposition des moyens financiers ». Il appartient donc aux autorités de débloquer les fonds nécessaires pour permettre à l’institution électorale de remplir son mandat. Dans le cas contraire, la vacance de l’exécutif provincial du Sankuru risque de se prolonger indéfiniment, avec tous les risques de déstabilisation que cela comporte.
Cette affaire dépasse le simple cadre du Sankuru et pose un précédent inquiétant pour les autres provinces. Elle met en exergue la fragilité du système et la dépendance des processus démocratiques locaux vis-à-vis de l’aléa des financements. L’organisation des élections provinciales en RDC doit-elle rester à la merci des contingences budgétaires ? La question mérite d’être posée alors que le pays tente de consolider ses institutions démocratiques. La résolution de cette crise sera un test significatif de la capacité de l’État à garantir la continuité et la légitimité du pouvoir à tous les échelons du territoire.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
