Dans un geste diplomatique d’une portée considérable, le président Félix Tshisekedi a officiellement lancé la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Cet acte, posé en grande pompe à la Cité de l’Union Africaine en présence du gouvernement congolais dans son entier, marque une ambition claire de Kinshasa : placer la République Démocratique du Congo au cœur de la gouvernance de l’espace francophone mondial. Cette démarche, bien plus qu’une simple proposition, constitue une offensive stratégique pour redéfinir l’influence de la RDC sur la scène internationale.
Le Chef de l’État n’a pas limité son action à une annonce protocolaire. Il a immédiatement engagé un plaidoyer actif en rencontrant les ambassadeurs des pays francophones accrédités à Kinshasa. Cet échange direct visait à solliciter leur soutien pour la candidature de Juliana Amato Lumumba, présentée comme consensuelle et porteuse d’une vision renouvelée. Cette séquence illustre la volonté du président Tshisekedi de mobiliser tout l’appareil diplomatique congolais derrière un objectif précis : conquérir une position de leadership au sein d’une organisation regroupant 88 États et gouvernements. Mais pourquoi cette fonction suscite-t-elle un tel investissement politique ?
Le poste de Secrétaire générale de l’OIF est une fonction pivot. Il ne s’agit pas seulement d’une charge administrative, mais d’une autorité politique et diplomatique de premier plan. Le titulaire est le porte-voix de plus d’un milliard de locuteurs, chargé de défendre la langue française et la diversité culturelle tout en intervenant sur des enjeux globaux comme la paix, la démocratie et le développement. La personne qui occupe ce siège doit également piloter des programmes ambitieux dans les domaines de l’éducation, du numérique et de l’égalité des genres, tout en assurant une médiation dans les crises qui touchent l’espace francophone. La candidature OIF RDC portée par Juliana Amato Lumumba vise donc un rôle aux responsabilités immenses et aux défis complexes.
En effet, le prochain Secrétaire général héritera d’une organisation à la croisée des chemins. La crédibilité politique de l’OIF est régulièrement questionnée, tiraillée entre ses idéaux démocratiques et les réalités politiques de certains de ses membres. Parallèlement, la place du français dans un monde dominé par l’anglais et les langues émergentes nécessite une stratégie de revitalisation audacieuse, particulièrement auprès de la jeunesse. La transformation numérique et la réduction de la fracture digitale constituent un autre chantier prioritaire pour maintenir la pertinence de la Francophonie. Sans oublier la nécessité de trouver des financements stables pour des programmes dont l’impact doit être tangible. La future dirigeante devra faire preuve d’une habileté consommée pour naviguer dans ces eaux tumultueuses.
En présentant Juliana Amato Lumumba, la diplomatie de Félix Tshisekedi envoie un signal fort. La RDC, géant d’Afrique centrale et pays francophone le plus peuplé du continent, aspire à passer du statut de membre influent à celui d’architecte des orientations stratégiques. Cette candidature est l’aboutissement d’une ambition longuement mûrie de voir la RDC jouer un rôle proportionnel à son poids démographique et à son potentiel dans les organisations internationales. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de la politique étrangère congolaise visant à affirmer son leadership sur les questions multilatérales.
La route vers l’élection, qui se jouera dans les coulisses des chancelleries et lors du prochain Sommet de la Francophonie, s’annonce néanmoins semée d’embûches. La compétition pour ce poste prestigieux est traditionnellement féroce, mobilisant des jeux d’alliance subtils entre les États membres. Le plaidoyer du président Tshisekedi auprès des ambassadeurs n’est que la première étape d’une campagne qui devra convaincre bien au-delà des capitales africaines. Le succès de la candidature de Juliana Amato Lumumba dépendra de la capacité de Kinshasa à construire un consensus large, en ralliant aussi bien les pays d’Europe, d’Asie que des Amériques au sein de la grande famille francophone.
Au-delà de la personne, c’est une vision de la Francophonie que la RDC propose à travers cette candidature. Une vision où l’Afrique, continent d’avenir de la langue française, prendrait une part plus active et plus audible dans la conduite des affaires de l’OIF. La désignation de la prochaine Secrétaire générale sera ainsi un test révélateur des équilibres de pouvoir et des priorités au sein de l’organisation. L’engagement personnel de Félix Tshisekedi dans cette bataille diplomatique montre à quel point Kinshasa mesure les enjeux. La suite appartient maintenant aux tractations discrètes et au vote des États membres, qui décideront si la voix de la RDC résonnera depuis le siège de l’institution à Paris.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Eventsrdc
