Les eaux ne cessent de monter, engloutissant peu à peu les espoirs des habitants d’Uvira. Une nouvelle fois, la ville du Sud-Kivu est frappée par une montée des eaux du marais de Nyangara, un phénomène inquiétant qui dure depuis plus de deux ans. Plusieurs maisons et écoles sont déjà sous l’eau, forçant des familles entières à se déplacer vers des zones plus sûres, dans un exode silencieux face à une catastrophe naturelle qui s’installe dans la durée.
Cette inondation persistante à Uvira n’est pas seulement une image dramatique ; c’est une crise systémique. La route nationale n°30, artère vitale reliant la ville à la frontière burundaise, est paralysée. En pleine réhabilitation, les travaux sont désormais bloqués par les eaux, coupant un lien économique essentiel. Les autres infrastructures ne sont pas épargnées : des écoles du quartier de Kavimvira, des habitations et même des hôtels de renom sont submergés. Le marais Nyangara, en se déversant, redessine la géographie urbaine et menace le tissu social même de la cité.
Mais au-delà des murs qui tombent, c’est la vie quotidienne qui devient un parcours du combattant. Pour traverser certaines zones, les habitants n’ont d’autre choix que d’utiliser des pirogues. Un danger invisible et mortel rôde pourtant dans ces eaux troubles : des hippopotames. La cohabitation forcée avec ces animaux sauvages transforme chaque trajet en une épreuve périlleuse. « Pour traverser, il faut une pirogue. Il y a aussi le danger lié aux hippopotames. Et si on ne fait pas attention, on peut se faire dévorer », témoigne un résident, illustrant l’absurdité d’une situation où l’élément vital devient une source de terreur. La montée des eaux en RDC crée ainsi des risques humains directs, amplifiés par la faune déplacée.
Comment en est-on arrivé là ? Le marais de Nyangara n’est pas un acteur capricieux, mais une victime et un symptôme. Situé dans une cuvette naturelle entre les eaux imposantes du lac Tanganyika au sud et celles de la rivière Ruzizi au nord, il fonctionne comme un exutoire. Pendant la saison des pluies, il reçoit des volumes d’eau colossaux qui finissent par déborder. Ce phénomène, bien que récurrent, a pris une ampleur alarmante ces dernières années. S’agit-il des conséquences du dérèglement climatique régional ? D’une gestion inadéquate des bassins versants ? La question mérite d’être posée alors que les épisodes se succèdent et s’aggravent.
L’histoire récente d’Uvira est marquée par ces tragédies aquatiques. Après les inondations dévastatrices de septembre 2023 qui avaient touché les quartiers de Kilomoni et Kavimvira, la ville revit un cauchemar similaire. Et qui peut oublier avril 2020 ? Le débordement de la rivière Mulongwe avait alors causé la mort d’au moins 40 personnes et jeté 75 000 autres à la rue, engloutissant des quartiers entiers comme Kakombe et Kasenga. Cette répétition d’événements extrêmes dessine une trajectoire claire : Uvira est de plus en plus vulnérable. Les inondations ne sont plus une exception, mais une fatalité saisonnière contre laquelle il devient urgent de se prémunir.
La forêt en détresse du bassin du Congo, dont le Sud-Kivu est une partie intégrante, joue un rôle crucial dans la régulation du cycle de l’eau. Sa pression accrue pourrait-elle expliquer cette montée des eaux persistante du lac Tanganyika et des marais adjacents ? Les eaux asphyxiées de Nyangara sont-elles le miroir d’un écosystème à l’équilibre rompu ? Face à cette urgence écologique et humaine, les réponses ne peuvent être que systémiques. Il ne suffit plus de gérer la crise, mais d’en anticiper les causes. Protéger les populations d’Uvira, c’est aussi protéger et comprendre cet environnement complexe dont elles dépendent. La ville, les pieds dans l’eau, attend que l’alerte soit enfin entendue.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
