Imaginez une salle de classe, un lundi matin comme les autres à l’Institut Ntoto. Le bruit des leçons récitées, le craquement familier du tableau… puis soudain, l’impensable. Cinq élèves se retrouvent ensevelis sous les décombres d’un mur qui cède. Cet écroulement d’un bâtiment scolaire à Ntoto, dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu, n’est malheureusement pas un simple accident. Il est le symptôme criant d’un problème plus profond : la sécurité défaillante des infrastructures éducatives dans certaines régions de la RDC.
L’incident, survenu le lundi 16 mars 2026 en pleine séance de cours, a provoqué un vent de panique dans la localité. Les cinq élèves blessés ont pu être rapidement évacués vers le centre de santé de référence de Ntoto. Une lueur d’espoir dans ce tableau sombre : leur état de santé évolue favorablement et ils sont hors de danger, selon les sources médicales locales. Mais derrière le soulagement, une question brûlante demeure : comment en est-on arrivé là ?
La réponse semble se trouver dans les murs eux-mêmes. Le bâtiment écroulé, propriété de l’Institut Ntoto, était construit en matériaux précaires, du simple pisé. La société civile locale, par la voix de son président Savant Bahati, ne mâche pas ses mots. « Nous avions attiré l’attention des autorités scolaires sur le danger que représentait ce bâtiment, mais rien n’a été fait jusqu’à ce drame », déplore-t-il. Selon ses déclarations, plusieurs alertes concernant la dégradation avancée de l’édifice étaient restées lettres mortes, faute de mesures de réhabilitation engagées à temps.
Cet événement tragique à Ntoto Walikale soulève un problème systémique. Combien d’écoles en RDC fonctionnent encore dans des conditions similaires, où la vétusté des locaux met en péril la vie des élèves et du personnel enseignant au quotidien ? La société civile locale lance un cri d’alarme : plusieurs autres bâtiments de l’Institut Ntoto présenteraient des risques identiques, transformant chaque journée de cours en un pari dangereux.
Face à la gravité de la situation, les autorités éducatives commencent à réagir. Les responsables de la sous-division Walikale 4 confirment l’incident et annoncent l’élaboration d’un rapport circonstancié pour déterminer les causes exactes de l’effondrement. Une enquête nécessaire, mais qui intervient après la catastrophe. Le préfet des études de l’établissement, lui, n’a pas encore officiellement réagi, son absence de la zone au moment des faits compliquant probablement le processus.
Au-delà du cas spécifique de l’Institut Ntoto, cet écroulement interroge la politique de maintenance et de construction des écoles en République Démocratique du Congo. L’utilisation de matériaux inadaptés, le manque de contrôles réguliers et la lenteur des procédures de réparation forment un cocktail explosif. La sécurité des infrastructures scolaires n’est pas un luxe, c’est une condition sine qua non pour garantir le droit fondamental à l’éducation dans de bonnes conditions.
La société civile de Ntoto appelle désormais à une intervention urgente des autorités compétentes. La reconstruction des bâtiments scolaires défectueux devient une priorité absolue. Mais cette reconstruction doit s’accompagner d’un changement de paradigme. Faudra-t-il attendre d’autres drames pour que la sécurité des élèves soit enfin placée au cœur des préoccupations ? L’incident de Walikale doit servir de leçon et déclencher un audit national sur l’état des écoles. L’avenir de milliers d’élèves en dépend.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
