AccueilActualitéSecuritéSud-Kivu : l'armée interpelle deux chefs wazalendo après des massacres de civils

Sud-Kivu : l’armée interpelle deux chefs wazalendo après des massacres de civils

Dans un coup de filet ciblé, les forces de la 34e région militaire ont procédé à l’interpellation de deux commandants influents des groupes d’autodéfense, communément appelés wazalendo. Cette opération, menée à Walikale, vise à mettre un terme à une spirale de violences attribuée à ces responsables. Les généraux autoproclamés Kirikicho Mirimba, alias Mwana Mayi, du mouvement COPACO, et Musubao Kalimba, alias Kasilasi, sont désormais sous le coup d’une enquête militaire pour des actes graves d’indiscipline.

Selon un communiqué officiel de l’armée congolaise, ces deux leaders sont accusés de « comportements inciviques et antipatriotiques ». Des agissements qui contredisent frontalement la mission des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Initialement constitués pour appuyer les forces régulières, ces groupes sont désormais épinglés pour des pratiques qui nuisent à la population qu’ils sont censés protéger. Cette interpellation des commandants wazalendo marque un tournant dans la gestion des supplétifs.

La situation dégénère depuis près de dix-sept mois. Les deux factions se livrent à des affrontements fratricides répétés, dont les conséquences sont désastreuses. Les autorités locales, coutumières et militaires, ont multiplié les tentatives de médiation. En vain. Les rivalités personnelles et les luttes d’influence ont primé sur toute raison, plongeant plusieurs localités dans un climat de terreur permanent. Cette indiscipline chronique au sein des VDP questionne leur cadre opérationnel et leur chaîne de commandement.

L’apogée de ces violences s’est produite récemment dans le Sud-Kivu. Du 15 au 18 février 2026, des combats d’une rare intensité ont ensanglanté les groupements de Tushunguti et Zirhalo, dans la chefferie de Buhavu en territoire de Kalehe. Ces affrontements à Kalehe, directement liés à l’animosité entre les deux commandants, ont laissé un bilan humain accablant. Quatorze civils ont perdu la vie. Sept autres ont été grièvement blessés. Dans l’ombre de ces combats, sept femmes ont été victimes de violences sexuelles. Des pillages systématiques ont complété ce tableau de désolation, achevant de ruiner des communautés entières.

Face à l’ampleur de ces exactions, la 34e région militaire a été contrainte d’agir avec fermeté. Comment tolérer que ceux qui devraient incarner la résistance se transforment en bourreaux ? Les agissements des deux responsables sont jugés « clairement incompatibles » avec la philosophie des VDP. Loin de soutenir l’effort de défense nationale, leurs luttes intestines ont fragilisé la cohésion sociale et offert un terrain propice à l’insécurité. L’armée congolaise tente ainsi de reprendre le contrôle sur des acteurs dont la loyauté est désormais mise en doute.

Les deux hommes, qualifiés de récidivistes par les autorités, vont devoir répondre de leurs actes devant la justice militaire. Cette décision envoie un signal fort à tous les groupes armés opérant en soutien aux forces régulières. La patience des institutions a ses limites. L’indiscipline, quelles que soient les circonstances, ne sera plus tolérée. La population civile, otage de ces conflits par procuration, attend désormais des actes concrets et une justice impartiale.

Cette affaire met en lumière les défis persistants de la gouvernance sécuritaire dans l’est de la RDC. L’intégration ou la collaboration avec des milices locales reste un exercice périlleux, nécessitant un cadre strict et un suivi rigoureux. Les violences au Sud-Kivu, alimentées par de tels conflits internes, rappellent que le chemin vers la pacification est semé d’embûches. La crédibilité du dispositif VDP est aujourd’hui en jeu. Les prochaines semaines, à travers le déroulement du processus judiciaire, seront cruciales pour restaurer un minimum de confiance.

L’armée congolaise, par la voix de la 34e région militaire, affirme vouloir tourner la page sur ces pratiques. Mais une question subsiste : cette interpellation suffira-t-elle à calmer les ardeurs belliqueuses d’autres commandants tentés par l’aventurisme ? La stabilisation de la région passe nécessairement par le rétablissement de l’autorité de l’État et le strict respect des règles par tous ceux qui portent les armes en son nom.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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