Le maire de Tshikapa, Faustin Lumu Luabo, se retrouve au centre d’une décision politique et administrative après avoir publiquement déchiré une copie de la Constitution lors d’une matinée politique. La vidéo de ce geste, devenue virale sur la toile, a conduit le vice-premier ministre de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, à saisir le gouvernement du Kasaï pour ordonner sa suspension préventive. Derrière l’image forte, l’affaire pose une question plus large : jusqu’où un responsable public peut-il engager son autorité dans une campagne politique touchant à la loi fondamentale ?
Le message télégramme du VPM Shabani, consulté par ACTUALITÉ.CD, indique qu’une action disciplinaire est ouverte contre le maire pour «faute grave». Il enjoint également que l’intérim soit assuré par son adjoint. La mesure ne se limite donc pas à une réaction symbolique : elle engage la responsabilité administrative d’un élu local dont le geste s’inscrivait dans une mobilisation en faveur d’un changement de la Constitution.
À Tshikapa, un geste devenu affaire d’État
Les faits se sont déroulés dans la ville de Tshikapa, dans le cadre d’une mobilisation politique visant à soutenir la révision de la Constitution. Faustin Lumu Luabo, favorable à ce changement, a déchiré une copie de la loi mère devant un public, affirmant avoir «traduit la parole en acte». Cette phrase, rapportée dans le contexte de la vidéo devenue virale, donne au geste une portée politique assumée.
Mais l’acte n’a pas été reçu uniquement comme une prise de position militante. En tant que maire, Faustin Lumu Luabo incarne aussi l’autorité publique locale. C’est précisément cette double position, entre engagement politique et responsabilité institutionnelle, qui donne à l’affaire sa gravité. Le débat sur la révision de la Constitution touche au cœur de l’organisation de l’État ; lorsqu’un représentant de l’autorité locale intervient par un acte aussi visible, la frontière entre opinion politique et devoir de réserve devient un enjeu public.
Jacquemin Shabani active la voie disciplinaire
La réaction du vice-premier ministre de l’Intérieur s’inscrit dans le champ administratif. Jacquemin Shabani a saisi le gouvernement du Kasaï afin que la suspension de Faustin Lumu Luabo soit ordonnée. Le message télégramme évoque une suspension préventive et l’ouverture d’une action disciplinaire pour «faute grave». À ce stade, les informations disponibles indiquent donc une procédure interne visant le comportement du maire dans l’exercice de sa responsabilité publique.
Cette décision met aussi en lumière le rôle du pouvoir central dans le contrôle de l’administration territoriale. En demandant que l’intérim soit confié à l’adjoint du maire, le VPM de l’Intérieur cherche à éviter une vacance dans la gestion de la ville. Pour les habitants de Tshikapa, l’enjeu concret est celui de la continuité de l’autorité municipale, au-delà de la controverse née de la vidéo.
La Constitution au cœur du rapport de force
Le contexte politique donne à cette suspension une résonance particulière. La mobilisation au cours de laquelle le maire a posé son geste visait à changer la Constitution, un projet porté par le pouvoir en vue de permettre au chef de l’État de rester en poste. Dans un tel cadre, chaque acte public autour de la loi fondamentale devient un signal politique, surtout lorsqu’il émane d’un responsable local.
La Constitution n’est pas seulement un texte juridique ; elle organise les règles du pouvoir et encadre les rapports entre les institutions et les citoyens. C’est pourquoi sa mise en scène dans un événement politique, puis la sanction administrative qui s’ensuit, dépassent la seule personne de Faustin Lumu Luabo. L’affaire rappelle que les débats constitutionnels, lorsqu’ils se déplacent sur le terrain de la mobilisation publique, peuvent rapidement engager la responsabilité des autorités qui y prennent part.
Une suspension aux implications institutionnelles
La suspension de Faustin Lumu Luabo ne clôt pas le dossier, puisque l’action disciplinaire annoncée reste ouverte. Les suites dépendront de cette procédure, dont le message télégramme signale l’existence sans en détailler l’issue. La prudence s’impose donc : les faits établis concernent la demande de suspension, l’ouverture d’une action disciplinaire, la qualification de «faute grave» dans le message du VPM et la mise en place de l’intérim par l’adjoint.
Dans une période où la révision de la Constitution suscite une mobilisation politique, cette affaire met en regard deux exigences : la liberté des responsables publics de prendre position dans le débat politique et leur obligation de préserver la dignité des institutions qu’ils représentent. À Tshikapa, c’est désormais autour de cette ligne de responsabilité que se joue la suite administrative du dossier.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
