Félix Tshisekedi décore ce samedi deux personnalités qui ont marqué, chacune dans son domaine, la santé et la recherche médicale en République démocratique du Congo. En sa qualité de Grand Chancelier des Ordres nationaux, le chef de l’État distingue les professeurs Jean-Jacques Muyembe Tamfum et Stanislas Sulu Maseb’a Mwang. Cette décoration des scientifiques met en lumière deux parcours différents, mais liés par un même enjeu pratique : renforcer les capacités nationales face aux maladies et améliorer l’accès à certains soins spécialisés.
Le premier est associé à la recherche biomédicale et à la lutte contre Ebola. Le second est lié au développement d’une structure hospitalière privée et à la prise en charge du cancer. Dans les deux cas, il s’agit de contributions inscrites dans la durée, avec des effets visibles dans les institutions de santé, la formation des réponses médicales et l’offre de soins disponible pour les patients.
Muyembe, un repère dans la lutte contre Ebola
Le professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum dirige l’Institut national de recherche biomédicale, l’INRB. Son nom est étroitement associé à la maladie à virus Ebola, une infection grave dont l’identification et la prise en charge exigent des capacités scientifiques solides. Il est connu pour avoir co-découvert le virus Ebola en 1976 à Yambuku, dans le nord du pays, avec le professeur Peter Piot, de l’Institut de médecine tropicale d’Anvers.
Cette étape a placé la recherche congolaise au coeur d’un sujet médical majeur. Pour un lecteur non spécialiste, l’enjeu est simple : identifier un virus permet de mieux comprendre la maladie qu’il provoque, d’organiser les réponses sanitaires et de soutenir la mise au point d’outils médicaux adaptés. Le parcours du professeur Muyembe s’inscrit précisément dans cette continuité entre la recherche, le diagnostic et les traitements.
De la recherche à un traitement reconnu
Après la découverte du virus, Jean-Jacques Muyembe Tamfum a conduit la mise au point de l’anticorps monoclonal mAb114. Un anticorps monoclonal est un outil médical conçu pour cibler un agent précis dans l’organisme. Dans ce cas, le mAb114 a été approuvé en 2020 par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, la FDA, sous le nom d’Ebanga, comme traitement contre la maladie à virus Ebola due au virus Zaïre.
La distinction accordée ce samedi intervient donc dans un parcours déjà reconnu au-delà du pays. Le professeur Muyembe a reçu plusieurs distinctions internationales, dont le prix Mérieux de l’Institut de France et le prix Hideyo Noguchi Africa, remis à Tokyo en 2019. Il a également été fait docteur honoris causa de l’université Harvard, puis de Sorbonne Université en 2025. Ces reconnaissances traduisent la portée scientifique d’un travail commencé sur le terrain congolais et prolongé dans des institutions de recherche.
Sulu Maseb’a et l’accès aux soins spécialisés
Le professeur Stanislas Sulu Maseb’a Mwang est, pour sa part, associé à la construction progressive d’une offre hospitalière. Il est le fondateur du Centre hospitalier Nganda, ouvert en 1991 sous forme de dispensaire avec l’appui de son épouse Mukay. L’établissement est ensuite devenu, en 2004, une structure de 100 lits. Cette évolution montre le passage d’un service de proximité à un centre plus structuré, capable d’accueillir davantage de patients.
Le Centre hospitalier Nganda a aussi occupé une place particulière dans l’équipement médical privé du pays. Il a été le premier centre médical privé à se doter d’un scanner. Pour les patients, un scanner sert à produire des images détaillées de l’intérieur du corps et aide les médecins à préciser certains diagnostics. L’établissement reste également le seul à proposer la radiothérapie, un traitement utilisé dans la prise en charge de certains cancers.
Radiothérapie et cancer, un enjeu concret
Le centre de radiothérapie associé, MUK & MASEB, a été inauguré en mars 2020 sous l’autorité du président Félix Tshisekedi. Cette donnée est importante car la radiothérapie fait partie des soins spécialisés dont l’accès dépend d’équipements, de compétences médicales et d’une organisation hospitalière adaptée. Sans ajouter d’éléments non fournis, on peut retenir que la présence d’un tel service dans le pays constitue un fait notable dans le parcours du Centre hospitalier Nganda.
Le professeur Sulu Maseb’a préside par ailleurs la Ligue nationale de lutte contre le cancer, la Linac. Sa décoration intervient donc dans un champ de santé où l’information, le diagnostic et les traitements spécialisés occupent une place importante. En distinguant Jean-Jacques Muyembe Tamfum et Stanislas Sulu Maseb’a Mwang, Félix Tshisekedi met en avant deux contributions complémentaires : la recherche biomédicale portée par l’INRB et l’organisation de soins spécialisés, notamment autour du cancer.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
