La République démocratique du Congo (RDC) dispose d’atouts économiques considérables, mais une partie de la population n’en perçoit pas encore les bénéfices concrets. C’est le constat dressé par Jean-Jacques Lumumba, lanceur d’alerte, et Carbone Beni, acteur de la société civile, dans une tribune consacrée à la crise congolaise et à l’urgence de refonder un pacte national. Ils y décrivent un paradoxe : les statistiques économiques progressent, tandis que de nombreux Congolais attendent toujours des améliorations dans leur emploi, leur école, leur hôpital ou leur quartier.
Cette situation s’explique, selon eux, par plusieurs obstacles : la guerre, l’incertitude politique et juridique, les conflits autour de certains titres miniers ou pétroliers, ainsi que les lenteurs de gouvernance. Ces facteurs freinent la transformation des opportunités du pays en investissements réels et durables.
La récupération des actifs, une étape nécessaire mais insuffisante
Pour sortir de cette incertitude, les auteurs estiment que l’État doit valoriser ce qu’il a déjà récupéré. Ils citent l’exemple de l’accord conclu avec l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, qui a permis de récupérer plusieurs actifs miniers et pétroliers évalués à l’époque autour de deux milliards de dollars. « Cette récupération constituait une avancée. Un État sérieux doit savoir récupérer ce qui lui appartient, sécuriser ses actifs, les valoriser et transformer ses ressources en écoles, routes, hôpitaux, énergie, emplois et capital productif », écrivent-ils.
Cette position met en lumière un enjeu central : la récupération juridique d’un actif n’est que la première étape. Encore faut-il pouvoir le valoriser au bénéfice de la population, sans compromettre les exigences de transparence, de conformité, de justice et de lutte contre la corruption.
Un plaidoyer pour la souveraineté économique
Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni appellent à un plaidoyer responsable et transparent, exclusivement fondé sur les intérêts de la République. Ils affirment leur volonté d’y prendre part : « Nous prendrons notre part dans ce plaidoyer. Parce que défendre la souveraineté, ce n’est pas seulement défendre une frontière ; c’est aussi défendre notre droit à tirer profit de ce qui nous appartient. »
Ce plaidoyer s’inscrit dans une dynamique plus large, portée par le Collectif Restitution Afrique (RAF), présidé par Jean-Jacques Lumumba. Ce collectif travaille notamment sur le traçage des avoirs, la restitution des richesses illicitement soustraites aux populations africaines, la gouvernance et la protection des lanceurs d’alerte. En RDC, ce combat a également été mené par la Coalition pour la récupération des actifs (CORAC), qui a plaidé pour la récupération, la sécurisation et la valorisation des actifs appartenant à l’État.
Des contraintes juridiques et financières à surmonter
Les auteurs reconnaissent que les contraintes juridiques et financières, notamment liées aux régimes de sanctions internationales, ont longtemps complexifié certaines opérations. Ils insistent sur le fait que « récupérer juridiquement un actif n’est que la moitié du chemin. L’autre volet est de pouvoir le valoriser ».
Cette approche souligne la nécessité d’une vision à long terme pour transformer les ressources récupérées en services concrets pour la population : écoles, routes, hôpitaux, énergie et emplois. Elle invite également à une vigilance citoyenne sur l’utilisation de ces actifs, afin que les bénéfices profitent réellement au peuple congolais.
Article Ecrit par Amissi G
Source: actu30.cd
