Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a établi jeudi un lien politique entre les sanctions américaines visant simultanément le Rwanda et Joseph Kabila, en s’appuyant sur la présence de l’ancien président à Goma. Lors d’un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, il a présenté cette séquence comme un élément de lecture d’un dossier qu’il dit suivre depuis plusieurs années, sans formuler d’accusation directe contre son ancien patron.
Son intervention a pris une tournure à la fois institutionnelle et personnelle. Le ministre a invoqué ce qu’il a lui-même appelé « la théorie du complot », définie autour de trois idées : rien n’arrive au hasard, tout résulte d’une intention cachée et la réalité officielle peut relever d’une mise en scène. À partir de cette grille, il a estimé que la présence de Joseph Kabila à Goma, sous la protection de Paul Kagame et de Sultani Makenga, venait confirmer une duplicité longtemps dissimulée.
Julien Paluku relie Kabila à Goma
Dans son propos, Julien Paluku a insisté sur un fait précis : Joseph Kabila se trouverait à Goma sous la protection de Paul Kagame et de Sultani Makenga. Il a rappelé que l’ancien président avait signé les décisions de radiation de Sultani Makenga des Forces armées congolaises, avant que ce dernier ne devienne, selon lui, son protecteur dans la ville.
Le ministre a résumé cette lecture par une formule directe : « Les masques sont tombés ». Cette déclaration intervient dans un contexte où il était interrogé sur la coïncidence des sanctions américaines visant le Rwanda et Joseph Kabila. Il n’a cependant pas développé de cadre juridique ou de procédure à partir de ces sanctions, se limitant à une interprétation politique fondée sur les faits qu’il a cités.
Un témoignage lié au Nord-Kivu
Après cette séquence, Julien Paluku est revenu sur ses douze années à la tête du Nord-Kivu. Il a évoqué une période marquée, selon ses mots, par des embuscades, des attentats et des tentatives de négociation dans les maquis avec différents groupes rebelles. Le ministre a présenté cette expérience comme un élément central de sa lecture actuelle du dossier.
Il a livré un témoignage personnel inhabituel dans ce type d’échange public. « J’étais sur le chemin de la mort, parce que j’étais le seul à croire en la République », a-t-il déclaré, en rattachant cette affirmation à son parcours dans la province. Il a également affirmé : « Ceux qui m’ont vu en 2017 lors de mes dix ans d’anniversaire savent que j’étais devenu l’homme le plus maigre de la planète », ajoutant qu’il publierait une photo de cette période.
Une accusation évitée, une question posée
Julien Paluku a pris soin de préciser qu’il ne lançait pas une accusation formelle contre Joseph Kabila. « Je ne fais pas de procès d’intention », a-t-il indiqué. Cette réserve n’a pas empêché le ministre de poser une question politique centrale, formulée comme un sujet de responsabilité publique pour les Congolais.
Il s’est interrogé en ces termes : « Qui peut comprendre qu’un président honoraire, après dix-huit ans au pouvoir, se retrouve dans les bras de Kagame et garder par les troupes de Makenga qu’il a lui-même radié des FARDC ? » Cette formulation concentre l’enjeu de son intervention : la cohérence entre les décisions prises pendant l’exercice du pouvoir et la situation actuelle décrite à Goma.
Une lecture politique sans procédure annoncée
À ce stade, les faits rapportés ne mentionnent aucune procédure nouvelle, aucune réaction officielle supplémentaire ni aucune suite judiciaire annoncée à partir de ces déclarations. L’intervention de Julien Paluku reste donc, selon les éléments disponibles, une prise de position politique articulée autour des sanctions américaines, de la situation de Joseph Kabila à Goma et du rôle attribué à Paul Kagame et Sultani Makenga.
Le ministre a conclu son intervention par une affirmation de portée générale : « On a été dupés pendant de longues années. Je le dirai tous les jours. » Cette phrase résume l’orientation de son propos. Elle ne remplace toutefois pas une démonstration judiciaire. Elle fixe plutôt le registre d’une dénonciation publique, portée par un ancien responsable provincial qui rattache son analyse à son expérience au Nord-Kivu et aux faits qu’il dit désormais voir confirmés.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
