En Ituri, le rapport mensuel d’OCHA pour la période du 1er au 31 mai 2026 décrit une situation où l’insécurité pèse directement sur la vie quotidienne des civils, y compris sur l’accès aux besoins de base. Dans les territoires d’Aru et de Djugu, les attaques de groupes armés, les enlèvements, les déplacements préventifs et les violences autour des sites de déplacés maintiennent les familles dans une vulnérabilité persistante. Pour les ménages concernés, cela signifie moins de sécurité pour se déplacer, se nourrir, se soigner ou chercher un abri.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies relève aussi des risques importants en matière de protection des civils. Cette notion désigne ici l’ensemble des mesures nécessaires pour réduire l’exposition des populations aux violences, aux enlèvements, aux pillages et aux déplacements forcés. Les faits rapportés montrent que ces risques ne concernent pas seulement les zones de combat, mais aussi les villages frontaliers et les environs des sites où vivent déjà des personnes déplacées.
Aru, une frontière sous pression
Dans le territoire d’Aru, OCHA Ituri signale des incursions répétées d’acteurs armés étrangers le long de la frontière avec le Soudan du Sud. Ces incursions exposent les habitants à des enlèvements, à des violences physiques et à des pillages. Selon le rapport, ces attaques entraînent aussi des déplacements préventifs vers la brousse, une stratégie de protection immédiate mais précaire pour les familles qui cherchent à éviter les violences.
Le document indique qu’entre les 11 et 12 mai, plus de 70 civils auraient été enlevés dans les villages d’Ulendere et d’Arile, dans la zone de santé d’Adi. Le 31 mai, trois autres personnes auraient été kidnappées dans le village de Nyangbare, d’après des sources locales citées par OCHA. Ces éléments sont rapportés avec prudence, mais ils confirment l’importance des préoccupations autour de la protection des civils dans les localités frontalières.
Djugu, les déplacés restent exposés
Dans le territoire de Djugu, l’annonce d’un cessez-le-feu par un groupe armé actif dans la région, le 14 mai, n’a pas produit d’amélioration durable de la sécurité. Des violences ont repris, notamment autour de Bule les 22 et 23 mai. D’après OCHA, ces affrontements ont causé la mort d’au moins une personne et fait dix blessés parmi les déplacés du site de Plaine Savo. Plusieurs habitations ont également été incendiées.
Entre le 15 et le 28 mai, au moins onze personnes déplacées ont été tuées à proximité des sites de Plaine Savo et de Rhoe. Ces faits montrent une difficulté pratique majeure: les personnes déjà contraintes de quitter leurs villages restent vulnérables à l’intérieur ou autour des sites de déplacés, notamment lorsqu’elles mènent des activités de subsistance. La protection ne se limite donc pas à l’accueil dans un site; elle concerne aussi les déplacements quotidiens nécessaires pour vivre.
Santé, alimentation et abris fragilisés
La crise humanitaire en Ituri ne se limite pas aux incidents sécuritaires. La source signale une insécurité persistante, des déplacements massifs de populations et une crise aiguë en matière d’alimentation et de santé. Les attaques des groupes armés ont déjà provoqué la fuite de milliers de personnes dans les territoires de Djugu et d’Irumu, ce qui augmente les besoins en vivres, soins médicaux, abris, eau et protection.
Dans une lecture sanitaire, ces besoins doivent être compris de manière simple: lorsqu’une famille se déplace, elle perd souvent son accès régulier à l’eau, aux soins, à l’alimentation et à un logement stable. Le rapport mentionne aussi des épidémies, notamment de rougeole et de Mpox, ainsi que des dégâts liés à des catastrophes naturelles. Ces facteurs s’ajoutent aux violences et rendent la réponse humanitaire plus complexe pour les acteurs présents sur le terrain.
Une réponse freinée par le manque de moyens
OCHA souligne que la pénurie de financements humanitaires au niveau international affecte considérablement la réponse sur le terrain. Dans ce contexte, de nombreuses voix appellent le gouvernement à combler le déficit budgétaire, à rétablir la paix et à assumer sa responsabilité dans la prise en charge des déplacés. Ces appels portent aussi sur le renforcement de la présence militaire afin de restaurer l’autorité de l’État et de faciliter le retour des populations dans leurs villages.
Le rapport inscrit cette situation dans une continuité: les civils restent exposés aux violences armées, comme au cours du mois précédent. En Ituri, les ADF sont également cités parmi les groupes responsables d’attaques répétées. Le texte rappelle qu’il s’agit d’un groupe armé à l’origine essentiellement ougandais, actif depuis près de trois décennies dans l’est de la RDC, et ayant prêté allégeance en 2019 au groupe État islamique. À cela s’ajoutent des tensions intercommunautaires déjà explosives. Pour les populations, l’enjeu immédiat reste concret: être protégées, accéder aux soins, à l’eau, à la nourriture et retrouver des conditions minimales de sécurité.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
