Dans un climat politique tendu autour du projet de changement de la Constitution et de l’adoption de la loi sur le référendum, l’Église du Christ au Congo choisit une ligne qui se veut distincte des blocs en présence. La principale plateforme protestante du pays refuse de s’aligner mécaniquement sur le pouvoir ou sur l’opposition. Elle se présente plutôt comme un acteur de régulation, attentif à la stabilité institutionnelle et aux conséquences sociales d’un débat aussi sensible.
Cette position place l’ECC au centre d’une séquence politique délicate. La question n’est pas seulement de savoir si la Constitution peut être révisée ou changée. Elle porte aussi sur la méthode, le climat national et la capacité des acteurs publics à éviter une fracture supplémentaire dans un pays déjà confronté à de fortes tensions. Pour les responsables protestants, une réforme d’une telle portée ne peut pas être conduite dans la précipitation ni par passage en force.
L’ECC pose la condition du consensus national
Au cœur de cette posture, l’ECC Constitution met en avant une exigence centrale: obtenir d’abord un consensus national inclusif et apaisé. Pour l’Église protestante, la Constitution du 18 février 2006 est le fruit de compromis historiques importants. Elle ne devrait donc pas être abordée comme un simple texte technique que l’on modifie au gré des rapports de force politiques du moment.
Le message porté par ses instances dirigeantes invite les acteurs politiques à « jeter des ponts plutôt qu’à construire des murs ». Cette formule résume une ligne de prudence civique. Elle appelle à privilégier le dialogue dans une période où les positions semblent déjà se durcir. En se tenant à distance d’un alignement automatique, l’ECC tente de rappeler que les institutions appartiennent d’abord à la nation et non à un camp.
L’article 220 reste un verrou institutionnel
La plateforme protestante insiste aussi sur le respect strict des verrous constitutionnels actuels. Elle cite notamment l’article 220, qui sanctuarise le nombre et la durée des mandats présidentiels. Cette précision donne un contenu concret à sa position: l’ouverture au débat ne signifie pas l’effacement des limites déjà inscrites dans l’ordre constitutionnel.
Dans ce cadre, la loi sur le référendum ne peut pas être séparée de l’enjeu plus large de confiance publique. Pour les citoyens, la manière dont les institutions traitent les règles du jeu politique compte autant que le résultat final. Une démarche conduite sans adhésion large pourrait nourrir davantage de méfiance. À l’inverse, une discussion encadrée par les principes constitutionnels peut contribuer à clarifier les responsabilités de chaque acteur.
L’Est du pays pèse sur le calendrier politique
L’ECC rappelle également le contexte sécuritaire critique dans l’Est du pays. Pour elle, lancer un chantier de réformes dans un climat d’instabilité militaire et de divisions internes risque de fragiliser encore la cohésion nationale. Cette réserve ne ferme pas formellement toute discussion, mais elle souligne que le moment politique compte.
La préoccupation est institutionnelle, mais elle touche aussi la vie collective. Quand l’insécurité et les tensions intérieures occupent déjà une place importante, ouvrir un débat constitutionnel majeur peut déplacer l’attention publique vers une confrontation de pouvoir. L’Église protestante invite donc à mesurer les effets d’un tel processus sur la paix sociale, sans réduire la Constitution à une affaire de stratégie entre états-majors politiques.
Une neutralité qui divise la classe politique
Cette neutralité conditionnelle suscite des lectures contrastées. Dans la majorité au pouvoir, l’approche de l’ECC est accueillie comme une attitude constructive et ouverte au dialogue. Une partie de l’opposition et de la société civile, plus radicale, y voit au contraire une forme d’ambiguïté, dans un moment où elles attendent une opposition plus frontale au projet de changement constitutionnel.
Cette divergence révèle le rôle particulier que l’ECC cherche à occuper: ni soutien acquis au pouvoir, ni relais automatique de l’opposition. Sa ligne repose sur une idée simple mais exigeante: toute réforme touchant aux fondations institutionnelles doit d’abord préserver la cohésion nationale. Dans le débat actuel, cette position peut irriter les camps les plus tranchés, mais elle remet au premier plan une question essentielle pour les citoyens: comment modifier les règles communes sans affaiblir davantage la confiance dans les institutions?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
