Ce mercredi 3 juin 2026, l’appel à une journée « ville morte » lancé par l’opposition congolaise pour protester contre toute modification de la Constitution a produit des résultats contrastés à travers la République démocratique du Congo. Alors que certaines localités ont connu un ralentissement notable des activités, d’autres ont poursuivi leur rythme habituel, révélant une adhésion inégale au mot d’ordre.
Une mobilisation disparate selon les provinces
À Kinshasa, la capitale a offert un visage partagé. Des artères comme le boulevard Triomphal sont restées presque désertes jusqu’en milieu de journée, avec une circulation très réduite et des commerces fermés. Des dispositifs policiers renforcés étaient visibles dans des points sensibles tels que Sainte-Thérèse et le boulevard Kimbuta à N’djili, tandis que des cortèges militaires de la « Task Force » ont été aperçus dans le district de la Tshangu. Malgré cette présence, les sources locales rapportent que la journée s’est déroulée dans le calme. Certains habitants, comme Marc Ngombo, ont préféré garder leurs enfants à la maison par mesure de sécurité, illustrant une prudence compréhensible face à l’incertitude. Un agent de l’État, sous couvert d’anonymat, a affirmé être à son poste sans contrainte, soulignant que la participation n’était pas unanime.
Des villes où la vie a continué normalement
Dans plusieurs autres villes, l’appel n’a pas été suivi. À Mbuji-Mayi, dans le Kasaï-Oriental, les marchés de Bakwadianga, Kanshi et Bipemba ont ouvert normalement, tout comme les banques, écoles et hôpitaux. Une élève rencontrée sur le chemin de l’école a déclaré : « Je ne suis pas informée de cette ville morte. Je n’ai aucune information à ce sujet. » Une vendeuse au marché Bakwadianga a exprimé son scepticisme : « Cela ne nous intéresse pas. Nous avons besoin du changement dans le pays et nous vivons au jour le jour. Ceux qui appellent à la ville morte le font pour leurs propres intérêts, alors que leurs familles vivent à l’étranger. » La même normalité a été observée à Mwene-Ditu, Kananga et Tshikapa, où les activités socio-économiques se sont déroulées sans perturbation. À Tshikapa, des habitants ont noté la faible visibilité de l’opposition locale, beaucoup d’acteurs politiques étant affiliés à l’Union sacrée de la Nation.
Des situations intermédiaires et des spécificités locales
Entre ces deux extrêmes, certaines villes ont connu des situations plus nuancées. À Kenge, dans le Kwango, la population semblait divisée, une partie suivant l’appel tandis que l’autre vaquait à ses occupations. À Mbandaka, la circulation était timide le matin avant de se normaliser progressivement. À Bunia, en Ituri, l’attention restait focalisée sur la riposte contre l’épidémie à virus Ebola, bien que certains magasins de la commune de Kenya n’aient pas ouvert tôt. À Matadi, dans le Kongo-Central, les activités étaient normales, avec une circulation dense et des commerces ouverts, malgré un déploiement policier dans les carrefours sensibles.
Un appel qui révèle des fractures politiques et sociales
Cette journée « ville morte » met en lumière les disparités dans la capacité de mobilisation de l’opposition et les préoccupations variées des populations. Si la crainte d’une modification constitutionnelle a pu motiver certains, d’autres ont privilégié la continuité de leurs activités quotidiennes, souvent par nécessité économique ou par manque d’information. La présence policière et militaire dans plusieurs points chauds a pu contribuer à maintenir le calme, mais aussi dissuader des rassemblements. Les réactions recueillies montrent un scepticisme quant aux motivations des initiateurs de l’appel, perçus comme déconnectés des réalités locales. En définitive, cette journée n’a été ni totalement « morte » ni pleinement « vivante », reflétant une société congolaise aux opinions fragmentées.
Article Ecrit par Amissi G
Sources: radiookapi.net, mediacongo.net
