AccueilActualitéElectionsÉthiopie : Abiy Ahmed face à un scrutin législatif contesté

Éthiopie : Abiy Ahmed face à un scrutin législatif contesté

Ce lundi, près de cinquante millions d’Éthiopiens sont convoqués aux urnes pour élire leurs députés et leurs cadres régionaux. Un scrutin législatif déterminant, puisque la majorité issue des urnes désignera le Premier ministre, plus haute fonction exécutive du pays. Le titulaire du poste, Abiy Ahmed, brigue un nouveau mandat après huit ans à la tête d’un État qu’il promet de transformer. Mais derrière les discours officiels, l’opposition éthiopienne dénonce un processus verrouillé, loin de l’image d’ouverture qu’Abiy Ahmed cherche à projeter.

Pendant la campagne, le chef du gouvernement a multiplié les références à son bilan : l’achèvement du colossal Grand barrage de la Renaissance sur le Nil, la réhabilitation de la capitale Addis-Abeba ou encore l’éclosion de complexes touristiques luxueux. Une « jolie vitrine », raillent ses détracteurs, qui masquerait mal la fragmentation territoriale et un lourd tribut humain. Comment, en effet, parler de progrès quand de vastes pans du pays sont en proie à une insécurité chronique ?

Plus de 11 000 candidats issus de 47 partis sont en lice, mais dans les faits, la compétition est déséquilibrée. Les principaux rivaux du Parti de la prospérité au pouvoir – la formation modérée Ezema et la Coalition pour l’unité de l’Éthiopie, plus radicale – n’ont pu présenter des listes partout. Menaces, intimidations et conflits armés ont contraint l’opposition éthiopienne à jeter l’éponge dans de nombreuses circonscriptions. Résultat : le parti au pouvoir concourt seul dans 12 % des circonscriptions, un chiffre qui interroge sur la nature même de ces élections 2025.

Le contexte sécuritaire explique en grande partie ce rétrécissement démocratique. En Amhara, l’armée fédérale est engagée dans des combats contre les milices Fano, tandis qu’en Oromia, le Front de libération oromo réclame la chute du régime. Dans la région du Tigré, le scrutin a été purement et simplement annulé ; le gouvernement régional dirigé par le Front de libération du Tigré et les autorités fédérales ont rompu toute communication depuis un mois. Peut-on organiser un vote crédible quand des provinces entières échappent au contrôle de l’État ?

Les observateurs avisés ne s’y trompent pas. Pour Sabine Planel, chargée de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, « à Addis-Abeba, l’aide alimentaire sert à s’assurer un soutien électoral. Dans un contexte de pauvreté et d’insécurité, la parole politique, les médias et les pratiques de vote sont étroitement contrôlés ». Yohannes Woldemariam, politologue spécialiste de la Corne de l’Afrique, va plus loin : « Abiy Ahmed se prête juste au jeu car il a besoin de légitimité, surtout vis-à-vis des pays occidentaux et des institutions financières telles que le FMI et la Banque mondiale. Car il a vraiment besoin d’argent. Mais les personnalités politiques d’opposition que les gens connaissent ne sont même pas dans le pays et beaucoup d’acteurs politiques sont soit en prison, soit réduits au silence. »

Le Parlement à renouveler compte 547 sièges, actuellement dominés à 96 % par le Parti de la prospérité. Une hégémonie qui confère au scrutin une apparence de formalité. Pourtant, deux missions d’observation sont déployées sur le terrain, l’une de l’Union africaine, l’autre de l’IGAD, l’organisation régionale de l’Afrique de l’Est. Au total, une centaine d’experts sont présents pour attester du caractère libre et indépendant du processus. Leur présence suffira-t-elle à dissiper les soupçons de manipulation qui planent sur ce scrutin législatif ?

À mesure que le rideau se lève sur ces élections éthiopie, une question lancinante demeure : cette consultation populaire exprime-t-elle véritablement la volonté du peuple, ou n’est-elle que l’habit neuf d’un pouvoir en quête de reconnaissance internationale ? Entre pauvreté galopante, inflation et conflits armés, les millions d’électeurs convoqués ce lundi pourraient bien avoir du mal à faire entendre leur voix autrement que dans l’illusion d’une démocratie sous perfusion.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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