Lors d’un échange en direct sur le réseau social X, ce dimanche, le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), a tenu à rappeler un principe fondamental dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola : seuls les cas confirmés en laboratoire doivent être comptabilisés. Une mise au point qui intervient alors que la République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée de la maladie.
Le patron de l’INRB a insisté sur les risques d’une approche moins rigoureuse. « Si l’on se met à compter tous les cas suspects, on gonfle les chiffres pour rien », a-t-il prévenu. Selon lui, beaucoup de ces cas suspects peuvent en réalité relever du paludisme ou de la fièvre typhoïde, deux pathologies aux symptômes parfois similaires à ceux d’Ebola (fièvre, diarrhée, vomissements). Une telle confusion peut entraîner une mobilisation inutile des équipes sur le terrain et fausser la perception de l’ampleur réelle de l’épidémie.
Alors, concrètement, qu’est-ce qu’un cas suspect ? Il s’agit de toute personne présentant des signes évocateurs (fièvre élevée, saignements, fatigue intense) et ayant été en contact avec un malade ou un animal potentiellement infecté. Mais ces symptômes ne sont pas spécifiques à Ebola. D’où l’importance cruciale du test de laboratoire. Celui-ci, réalisé à partir d’un prélèvement sanguin ou d’écouvillonnage, recherche la présence du virus par une technique appelée PCR (réaction en chaîne par polymérase). En quelques heures, il permet de dire avec certitude si la personne est infectée. « C’est le laboratoire qui va nous dire : ça, c’est un cas confirmé. Et puis c’est fini », a tranché le professeur Muyembe.
Cette rigueur méthodologique est désormais facilitée par le déploiement de laboratoires mobiles au plus près des foyers épidémiques. Fini le temps où les échantillons devaient parcourir des centaines de kilomètres pour être analysés à Kinshasa. Aujourd’hui, des équipes locales peuvent prélever et obtenir un résultat rapide, ce qui permet d’isoler sans délai les malades avérés et de briser les chaînes de transmission.
Le professeur Muyembe a également plaidé pour l’établissement d’une courbe épidémique fiable. Ce graphique, qui représente le nombre de nouveaux cas confirmés par jour, est un outil essentiel pour les épidémiologistes. Il permet de dater précisément le début de l’épidémie, d’en suivre l’évolution et de mesurer l’efficacité des mesures de contrôle. Sans données rigoureuses, impossible de savoir si l’épidémie recule ou progresse, ni d’ajuster la réponse.
En vulgarisant ces notions, le message du docteur Muyembe se veut rassurant. Il ne s’agit pas de minimiser la menace, mais de rappeler que la lutte contre Ebola repose sur des bases scientifiques solides. Chaque cas confirmé est pris en charge gratuitement dans des centres de traitement, avec des soins de support (réhydratation, contrôle des symptômes) qui améliorent considérablement les chances de survie. Et pour les personnes contacts, un suivi quotidien est assuré pendant 21 jours.
La population est invitée à ne pas céder à la panique et à signaler tout cas suspect aux autorités sanitaires. La transparence et la précision des données restent les meilleures armes pour vaincre cette maladie. Comme aime à le répéter le professeur Muyembe, « la science doit guider nos pas ».
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
